Je tiens à préciser que ce texte est une fiction et que s'il rappelle des évènements ou des personnes existants ou ayant
existées ben... c'est fort dommage ! ;-)
Ahhh, enfin la pause déjeuner. Certes, ce midi je suis seule, mais ce n'est pas désagréable une fois par semaine d'avoir
un peu "la paix". Surf sur le net, mails en retard, musique sur le téléphone portable... Tout est calme autour, personne pour me déranger, à part peut être, de temps en temps le standard, mais
depuis quelques mois que je travaille ici, j'ai mis tous les impudents au pas. Gentiment, mais fermement.
Je suis bien ici et j'en ai conscience. C'est vrai, qui de nos jours peut se vanter d'avoir un boulot qui lui plaît, avec des collègues sympa et une
bonne ambiance générale ?
Avec la "Crise", nous sommes bien trop peu nombreux dans ce cas, j'en suis certaine.
Enfin, quand je dis des collègues sympa, je pense plus à l'une qu'à l'autre. C'est pas que l'autre soit méchante ou que l'on ne s'entende pas. Mais elle me tape sérieux sur le
système.
Je ne crois pas qu'elle l'ai remarqué, j'essaie au maximum d'arrondir tous les angles, et c'est pas peu de le dire.
Au début, je la trouvais simplement bavarde et exubérante. Maintenant, ce serait plutôt prétentieuse et envahissante.
Toujours mieux que les autres, il lui arrive sans cesse des anecdotes dont elle doit penser qu'on ne pourrait vivre si on ne les connaissaient pas.
C'est la nuit qu'elle a passé sans presque dormir parce que le chat n'a pas arrêter de bouger, ce qui réveillait la fouine et empêchait tout le monde de dormir, puis le portable qui se serait mis
à sonner à 3h du mat'. Évidemment, c'est son ex, qui ne pouvant pas se passer d'elle, la relance,après plus d'un an de séparation et qu'elle est avec son "futur" mari.
Ce dernier étant bien sûr un super bel apollon (je l'ai vu, ben ma foi, oui, ok, il a l'air sympa, mais je préfère Brad Pitt !) que toutes les filles voudraient (ben pas moi en tout cas, là comme
ça au dépoté je dirais "non, merci, j'ai pas assez faim pour ça").
Ce qui nous amène aux fois où elle fait du shopping avec lui et où les vendeuses le regardent forcément avec un air gourmand.
Et je pourrais enquiller comme ça longtemps, mais je n'ai ni son endurance, ni son entraînement.
Résultat des courses, les jours où elle est au bureau (elle travaille à mi-temps ! Ouf !), on le sait, et les repas où nous sommes toutes les trois virent au monologue de l'histoire de sa petite
vie.
Et Samira et moi hochons la tête, rigolons lorsqu'il le faut, parfois ajoutons un petit commentaire ici ou là, histoire de dire que nous participons à la "conversation".
Mais décidément, le jour où nous mangeons toutes les deux, c'est autre chose : économie, actualités, nos petites vies, aussi, bien sûr, mais pas que. On a des passions communes et on peut
discuter lecture ou rigoler des émissions de télés. Bref, on passe d'un sujet, certes léger, à un autre, sans se prendre la tête sur qui est la meilleure ou la plus belle.
Ça nous passe au-dessus.
Et comme si ça suffisait pas, les jours où elle n'est pas là, il arrive que je doive faire son travail, surtout si ça ne peut pas attendre. A savoir, la relance clients pour les factures.
V'là t'y pas que c'te donzelle se prend à vouloir vérifier les informations que je lui ai transmises après ses deux semaines de congés ?
"Allo, M. Duchmol ? Oui, je vous appelle parce qu'il parait que vous auriez dit que dorénavant la facturation devais être adressée à Paris et non plus à Lille comme on faisait. C'est bien ça ?
Vous me confirmez ? Très bien, merci Monsieur Duchmol, je vous souhaite une agréable fin de journée, oui, au revoir !".
Mais puisque je lui avait dit et même écrit dans la note prévue à cet effet dans le logiciel de gestion que c'était ce qu'il fallait faire... quel besoin avait elle de vérifier la véracité des
faits ? Elle me fait pas confiance ou quoi ?
Bon, je reste zen... allez je reste zen.
Je fais bien mon boulot, pas ma faute si elle se ridiculise toute seule au près du client.
Seulement voilà, le moment ne tarde pas où elle m'en rebalance une de derrière les fagots : "Tu sais Juliette, j'ai vraiment trop hâte de maigrir pour pouvoir mettre ces vêtements dont j'ai super
envie, tu sais, ceux qui font super sophistiqués mais pas prétentieux. Comme je serais trop bien dedans ! T'aurais pas envie, toi, d'en porter ?"
Et crac, ça veut dire quoi ? Mes pantalons à pince, mes petits haut de couleurs avec volants ou dentelles ne sont pas assez bien à tes yeux ?
Mais le couperet devait tomber un peu plus tard lorsqu'elle m'assena avec un grand sourire comme elle sait si bien faire :
"En tout cas, si tu veux perdre tes kilos, tu devrais aller à la poste, je crois que c'est l'heure !"
Je suis restée pantoise, même le "c'est pour plaisanter hein !" n'est pas franchement bien passé, alors je ne parlerais pas de la digestion.
Elle fait, dit, plein de petites choses du même acabit. En soi, rien de grave, sauf que je me demande parfois si elle me cherche pas des poux dans les cheveux, juste comme ça pour rigoler.
Elle ne fait pas la même chose avec Samira, un peu comme si elle la considérait comme une égale.
Je crois plutôt que Samira est plus maligne et lui fait mieux croire que tout ce qu'elle lui raconte l'intéresse vraiment.
De mon côté, je ne peux m'empêcher de lui sortir deux trois vérités de temps à autres, et ça ne doit pas passé.
Ou de la corriger sur son travail aussi, ça m'arrive, et ça non plus elle ne doit pas aimer.
Mais ce n'est pas ma faute si je suis "techniquement" un peu sa supérieure.
Un peu seulement, mon ascendant hiérarchique est très limité : je peux éventuellement lui déléguer des tâches, à condition de superviser, et lui déléguer la charge du courrier les jours où elle
est là.
Il va de soi que jamais je n'ai pu lui déléguer quoi que ce soit : Madame a toujours une bonne raison : mal au genou, à la cheville, un poil dans la main...
Et ce même le jour où je souffrais le martyr que je pouvais presque plus bouger à cause d'un tour de rein. Le soir, j'allais chez le médecin, elle le savait, mais rien n'y fit, j'ai dû marcher
jusqu'à la poste.
1,5 km en tout, aller et retour... j'étais heureuse.
Samira m'a sorti en blaguant un jour qu'il faudrait peut être qu'on installe un jardin Zen dans la petite cour où nous prenons nos pauses quand le temps s'y prête.
J'en ai parlé au boss, il semble d'accord sur l'idée, à condition bien sûr que ça ne coûte rien.
J'y songe, j'y songe et puis finalement, je me suis décidée.
J'ai demandé à pouvoir venir un week-end histoire d'aménager le truc pour le lundi.
Vendredi midi, notre patron y consent, mais je ne dois surtout rien abîmer sinon ce sera pour ma pomme.
Pas soucis, rien ne sera abîmé.
Le gravier, quelques pierres ont été commandés. Un râteau en fer aussi. La terre est là, y'a juste besoin de délimiter un petit rectangle... non, un carré tiens, ce sera mieux.
Un carré de 2m de côté. C'est très bien ça, 2m de côté, non ?
Rahh, voilà que l'autre tâche se remet à me faire des réflexions... j'en peux vraiment plus de cette fille.
Ca fait quelques jours que nous n'avons pas de nouvelles de notre collègue. Le patron a téléphoné sur son portable, messagerie direct. La police est passée nous voir aussi. Il semblerait qu'elle
ai disparue.
Je suis la dernière à l'avoir vu vivante, enfin, il semble, vu que le vendredi nous nous sommes quittées comme d'habitude, à la fermeture des bureaux à 17h30.
Pour le reste, ma foi, je ne vais pas en plus lui écrire personnellement des mails ou lui passer, des coups de fils.
Mais comme tout le monde, je m'apitoie sur sa disparition. Je joue du "Elle mettais de l'ambiance, où a-t-elle pu bien aller ?".
Personne ne sait qu'en fait je ne pouvais pas la voir.
Et tout le monde me félicite pour ce si beau jardin Zen.
Je l'ai fait un peu plus grand finalement, et tout le monde y va de son petit coup de râteau pour faire soigneusement de jolies lignes ou des courbes parfaites autour de la grosse pierre
centrale.
Celle qu'on ne peut manquer, même s'il y en a d'autres un peu plus petites ailleurs.
On me demande si elle symbolise quelque chose, et je réponds que "oui, elle symbolise l'écueil qui empêche d'être Zen, ce qu'il faut contourner pour arriver à la paix spirituelle."
"Ahhhh me répond-t-on alors, je comprend !"
Je ne suis pas sûre que qui que soit puisse vraiment comprendre. Mais en attendant, j'ai vraiment la Zen attitude !