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Citations

"Happiness always looks small while you hold it in your hands, but let it go, and you learn at once how big and precious it is. "  - Maksim Gorky

"Si nous voulons construire une amitié durable, nous devons aimer nos amis pour eux et non pour nous." - Charlotte Brontë


"Every man is the architect of his own  life. He builds it just the way he  wants it. However,  after he  has built  what he  wants, he  sometimes decides that he doesn't like  what he  has built  and looks  for someone  or something  to blame instead of changing himself." - Sidney Madwed

"L'imagination porte bien plus loin que la vue." - Baltasar Gracian Y Morales


"La connaissance a de commun avec la  bêtise qu'elle n'a pas de limites. Il  est commun que les limites de nos connaissances sont des bêtises. Les limites de nos bêtises sont nos connaissances communes. La connaisance de nos limites met à  nu nos bêtises communes. C'est une  bêtise d'arrêter nos connaissances aux  limites de nos bêtises communes."





A mes visiteurs...

Je vous souhaite la bienvenue sur ce modeste Journal, intime parfois (qui a dit souvent, là bas au fond ??!! ;-) ), réactif souvent, photographique le lundi, "littéraire" le mercredi, à propos du Japon (pays que j'aime beaucoup) le samedi et aussi humouristique, du moins je l'espère !

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Dimanche 3 juin 2007
Normalement, aujourd'hui, je devrais être aller voir ma mère, ou à tout le moins lui passer un coup de fil, ou quelque chose.
Bon, je lui ai fait livrer des fleurs.

Mais ce n'était pas tant par envie que par sentiment de culpabilité.

Etrange n'est-ce pas ?

C'est que tout simplement je me retrouve chez d'autres parents, à fêter une autre maman... c'est très inhabituel, très étrange.

Au tout début, j'étais pas très chaude, et puis ma foi... Ok.... et j'ai même pris un cadeau pour elle !


Maintenant, je me demande ce que va dire la mienne de mère.... en recevant les fleurs... enfin, encore faut-il qu'elle ouvre au livreur ! C'est pas gagné.... ^^"
Par Cassandre - Publié dans : Perso
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Samedi 2 juin 2007
Encore une semaine chargée en évènements... je ne suis pas revenue sur ma décision de démissionner, quand j'ai mis ma signature au bas d'une feuille, je ne suis pas franchement du genre à revenir dessus. Ou alors, il faut sacrément y mettre du sien.
En même temps, c'était la première fois que je démissionnais aussi... alors heu... voilà ça vaut ce que ça vaut.

Mon cher collègue n'a pas changé, que je démissionne ne l'empêche pas de dormir, et il ne se remet pas en cause. Pourquoi diable se remettrait-il en cause du reste, après tout, il est le frère du patron !

Et je crois que c'est ça l'origine du problème. En fait j'en suis même certaine.

Lundi, rien à faire.
Mardi, rien à faire.
Mercredi, je craque, j'installe un jeu vidéo pour passer le temps.

Et évidemment, il trouve pas "ça" normal. J'en convient tout à fait, c'est pas le problème. Mais ce que je trouve encore moins normal, c'est d'en arriver à installer un jeu pour s'occuper au bureau. On m'aurait mise au placard, que finalement, ça ne serait pas pire (si, ça pourrait, je pourrais ne pas avoir d'ordinateur aussi...).

Donc, mon "cher" collègue s'énerve. Je m'énerve à mon tour. Même litanie de reproches, on tourne en rond.

Il fini par décrocher son téléphone, il appelle la directrice, elle est en rendez-vous à l'extérieur (en fait même en déplacement sur Bordeaux, elle a d'autres chats à fouetter). Alors il demande à parler à son frère.
Je m'arrête deux secondes stupéfaite, et certainement pas effrayée, de cette initiative.
Ok, j'avoue j'y avais pensé moi même, mais je ne suis pas passée à l'acte, et c'est tant mieux.

Ils discutent un peu, "cher" collègue se plaint que je passe mon temps à regarder des vidéos et jouer à des jeux... Evidemment il me repasse son frère, je suis convoquée le lendemain matin à 10h30 à son bureau.

C'est bien ma veine.
C'est petit, c'est mesquin. Et après il dira que son lien de parenté n'a rien à voir dans l'histoire ?

Ben voyons.
Il est arrivé en 2005 dans l'entreprise et a directement attaqué avec les statuts de cadre et chargé d'affaires. Il ne connaissait pas le métier, il a suivi une petite formation, et plouf, le voilà bombardé de son nouveau titre. Alors que d'autres doivent trimer pour y arriver. Sympa.

Et au siège social... tout le monde pense que s'il est là, c'est bien à cause de son lien de parenté. Personne ne s'étonne de ma démission, certains même me confient qu'ils se demandaient quand j'allais craquer, et qu'ils sont étonnés que j'ai pas quitté pendant la période d'essai. Comme quoi.
Même nos prestataires ne sont pas étonnés.
Beaucoup de propositions de leur part pour des emplois à droite et à gauche, je suis sidérée de voir que tout ce monde considère que je travaille suffisamment bien pour être pistonnée.

Bref...

Le lendemain, je me rend au siège, je suis en avance de dix minutes, papotage avec la fille de l'accueil avec qui je m'entends très bien... du reste, je m'entend avec tout le monde là bas. Faut pas me demander d'associer les visages aux noms, mais avec les voix, tout va mieux. Je suis toujours en train de téléphoner pour un renseignement ou un autre, et il semblerait que même avec ce tout petit contact, les gens m'apprécient. Assez pour vouloir organiser un pot de départ... On verra ce qu'il en est d'ici fin juin, paroles, paroles...

J'entre dans le bureau du grand chef pas indien. Et il me demande sans embages ce qu'il peut faire pour me faire changer d'avis... [me donner un salaire de 2000 € net par mois et une voiture de fonction ? ^^ ahem...]
Je lui explique un peu la situation, et exprime mes regrets de ne pouvoir rester, en tout cas pas dans la même agence que son frère, pas moyen. Trop de choses ont été dites, et le ressort est cassé. Pas moyen de faire machine arrière.
Il me demande si par hasard il convoquait son frère pour lui expliquer la situation ça pourrait me faire flêchir ?
Je lui dis que j'ai des doutes sur le fait que celui-ci change sa façon de voir les choses, en tout cas avec moi...
Il est visiblement très déçu et contrarié. Mais aussi assez étonné de ma franchise. Vu que je lui ai dit texto, que oui, je joue, oui, je regarde des vidéos, mais diable ! - que puis-je faire d'autre puisque son frère est incapable de déléguer au point de me laisser sans rien faire toute la journée ?
Il ne savait pas que la situation en était là, il me l'a dit. Et je veux bien le croire.
J'ai du expliquer que la directrice d'exploitation était au courant. Et que ce qui a achevé ma motivation à quitter mon poste, c'était sa réponse à mon mail de deux pages la semaine d'avant. Que j'avais écrit avoir atteint mes limites, et qu'il fallait une solution *vite*. Sa solution : "être patiente". Ne m'a pas convaincue. Je pars.

M'est avis qu'elle a du se faire remonter les bretelles. Tant pis.

L'entretien s'est terminé sur le fait qu'il ferait son possible pour me trouver un poste dans une autre agence. Au départ il m'a proposé Nantes. Mais qu'irais-je faire là bas ?!
Au siège c'est complet, pas besoin de nouvelle assistante. Pas plus que sur Paris Nord ou Est. Restait Lyon.
Ok, va pour Lyon. ^^"

Mais ce n'est pas fait. Rien n'est encore fait, on verra comment le mois s'écoule.

Je sors du bureau presque une heure plus tard.

Rebelotte avec la fille de l'accueil. Et là c'est la directrice qui me tombe dessus. Paf, c'est reparti pour un tour. Je ressors le même discours, et je lui dis que sa réponse de jeudi dernier ne m'a pas convenu et que c'est pour ça que je pars.
Elle aussi est embêtée. A la question : "avez vous autre chose ?", je répond "non" parce qu'il ne faudrait pas qu'ils se disent que j'avais tout prévu, ce n'était pas le cas.

...

Mais vendredi, hier donc, j'avais rendez vous avec mon nouveau boss.
Je pensais me rendre à entretien d'embauche avec tout ce que cela peut impliquer de stress. Et bien, heu... j'ai été assez surprise. Agréablement, mais ça m'a tout de même laissée perplexe.

Première chose, il me tend une feuille de papier rose, avec en en-tête marqué "contrat". C'est la feuille de pré-embauche. Le truc a signé pour lancer la machine à préparer le contrat définitif. Il m'explique comment ça va se passer. Le nombre d'heure, le salaire, etc... Il faut que je lui envoie les photocopies de divers papiers lundi, et c'est "dans la boite".
Enfin, il m'explique ce qu'il y a à faire, principalement de la traduction et de la mise en page, un peu de feuilles de style (CSS) mais pas trop. Bref, je vais travailler sur des projets nationaux et internationaux, c'est sympa. ^^"

Et le top du top ?
Mon préavis se termine le 29 juin, et mon contrat débute le 2 juillet. Et j'ai le droit de travailler de la maison. Si je veux venir au bureau ? C'est possible aussi, cela ne relève que de mon choix personnel.

Dans un premier temps je testerais de la maison, et si je vois que je n'arrive pas à respecter un certain planning, j'irais au bureau.
J'ai besoin d'un peu de solitude aussi, ça me fera du bien. Après, il sera toujours temps de faire ami-ami avec les collègues. J'en connais déjà deux, reste à voir les autres :)

Et puis ça laisse du temps à ma boite de se décider à me trouver un poste sur Lyon. Ce serait très très rigolo que ça fasse Boite Paris, Contrat, re-Boite Lyon...
Par Cassandre - Publié dans : Perso
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Vendredi 1 juin 2007
"Un concerné n’est pas forcément un imbécile en état de siège pas plus qu’un concubin n’est obligatoirement un abruti de nationalité cubaine."


[Pierre Dac]
L'os à moelle






J'ai beaucoup de choses à raconter, mais certaines réponses à certaines questions ce jouent cet après-midi... donc, toutes ces nouvelles feront l'objet de l'article de demain, qui risque d'être sacrément long ^^"
Et il va de soi que ma vie est très concernée par ces nouvelles, et que je ne serais  certainement pas de nationalité cubaine (j'fume pas de cigares d'abord)...
Bon, ok, j'avoue, c'est nul comme jeux de mots, mais je suis très très fatiguée...
On me pardonnera bien ? Pour cette fois ? Hein ? Dites ? :)
Par Cassandre - Publié dans : Pensées du Jour
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Jeudi 31 mai 2007
Ah, ça... le travail en ce moment, c'est pas ça qui m'étouffe. Au risque de me répéter, je suis trop payée pour ce que je fais mais pas assez pour ce que je m'emmerde. Et pourtant, je m'occupe, plus ou moins, à faire "mes trucs". Mais j'arrive un peu au bout de ce que je peux faire, à cours d'idées je suis. Alors je regarde des séries télévisées téléchargées, ou je joue. J'écris un peu, mais j'ai l'impression que l'encre de mon cerveau est un peu épuisée, et pas moyen de retrouver un fournisseur de cartouche. Ma muse m'a lâchement abandonnée... Saletée va !

Et quand je pense à mes amies japonaises... ça me file encore un peu plus le bourdon... Car les Japonais sont réputés pour leur sens moral au travail, mais aussi pour leur shigoto-chûdoku (acharnement au travail, drogué du travail... je ne sais pas si on a un mot pour ça en français ?).

Pour beaucoup ce n'est pas tant une histoire d'argent qu'une "croyance", conviction et shûkan (habitude). Shigoto (travail) est une drogue aussi bien qu'une religion, la première et dernière destination pour nos âmes errantes.

Le mot lui même composé des kanji Shi (servir) et Koto (cause) - mis ensemble vous pouvez vous rendre compte à quel point, dans ce pays, le travail est un concept qui va plus loin que le simple "travail" - et quand on sait qu'en français, ce mot là vient étymologiquement de "torture", ça fait réfléchir sur notre sort...

Durant la dernière décennie, la fièvre du shigoto a atteint des niveaux record. Une étude conduite par une agence de recrutement a montré qu'en 2004, le nombre moyen d'heures supplémentaire en un mois pour des employés de bureau, âgés entre 30 et 45 ans, à Tokyo atteignait les 110h. Et il semblerait que cela continue d'augmenter.

Cela est en partie dû à l'émergence de l'usage des téléphones portables comme meilleur ami et partenaire de travail. Les gens sont maintenant libres d'envoyer des messages de travail en étant sur la route, dans l'ascenseur, pendant un repas ou tout simplement au lit.
Non que le surmenage n'ai pas d'effets secondaires néfastes - les acharnés du travail sont respectés, quand ils tombent en dépression, ils sont admirés pour ça aussi.

Par conséquent, les styles de vie se sont accommodés à ce nouveau rythme accéléré de travail. Il parait que même la princesse Sayoko aurait vécu la majeure partie de sa relation amoureuse avec son fiancé via e-mails jusqu'au jour du mariage. Les couples communiquent plus au travers d'écrans de téléphones cellulaires qu'en personne, car c'est difficile quand les deux travaillent.

Hommes et femmes gardent des affaires pour leurs longues soirées de travail dans leurs tiroirs et refont leurs stocks grâce aux "convenient stores" du coin de la rue quand ils sont à cours de dentifrice, par exemple. Dans des entreprises de plus petites tailles, les employés vont dormir dans des sacs de couchages et faire des "gardes" de 33 heures, ne rentrant que pour prendre une douche et consulter les messages du répondeur de la maison, avant de repartir au bureau.

Les fabricants ont donc sorti des paquets de kamisekken (feuilles de savon jetable) et des shampoings qui n'ont pas besoin de rinçage, des solutions rince-bouche qui vous nettoient les dents, des oreillers gonflables et des couvertures chauffantes que l'on peut replier en un petit carré et garder dans sa mallette.

L'habitude de sortir les week-ends est aussi incroyablement rare chez nos accrocs fatigués drogués au travail de Tokyo. La réponse à la question, "Shûmatsu nani shiteru" (Qu'est ce que tu fais de tes week-ends) est souvent "Neteru" (dormir) ou "Sentaku to sôji to atowa neteru" (faire la lessive et dormir)...

Cette dernière activité remplirait de joie notre Maréchal Président à Vie, mais j'ai ouïe dire qu'il lui arrivait de partir en vacances, et loin du Japon travailleur...

Mama mia.... vivement les miennes, de vacances !

Parce que pour le coup, oui, le travail est une véritable torture mentale et physique* !!!!



* Il fait un froid de canard dans nos bureaux et on a plus de chauffage....

Par Cassandre - Publié dans : Japoniaiseries
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Mercredi 30 mai 2007
Et voici que voilà, la dernière partie :



Durant les jours qui suivirent, elle décala ses horaires afin de provoquer des rencontres "fortuites" avec ses deux autres voisines.
Il était onze heures. Mérédith attendait, les genoux confortablement installés sur un coussin pour éviter la rudesse des lattes de son plancher, l'oreille collée à la porte. Un glissement furtif la fit se lever. Elle ouvrit brusquement la porte et se trouva nez à nez avec une longue femme transparente, d'une triste cinquantaine, si mince qu'elle semblait se noyer dans son imperméable bleu océan. Elle tenait ses chaussures à la main, et Mérédith fixa d'un air stupide la couture des bas traçant le contour de ses orteils. L'autre couina, affolée :
- Oh... pardon, je, je...
- Madame ?
- Je suis mademoiselle Lecocq. Je partais... Je suis enseignante...
- Vous avez un problème ? demanda Mérédith en pointant du menton les pieds nus de la femme.
- Euh.. euh, non... Je ne veux pas vous déranger.
- L'escalier est moquetté et il est onze heures du matin.
- En effet, en effet... c'est une habitude... et bien, heu, ravie de vous avoir rencontrée...
La femme se sauva, dévalant les escaliers quatre à quatre comme si elle avait rencontré l'ennemi public numéro un.
Mérédith referma sa porte. La peur qui habitait ces yeux, ce petit visage gris, crispé d'angoisse, ce dos qui se voûtait comme pour la réduire aux regards, rien de tout cela ne cadrait avec son ennemie. De toute évidence, mademoiselle Lecocq était, elle aussi, victime de cette ombre malfaisante. Elle avait sans doute capitulé depuis longtemps, laissant l'autre la vider de son énergie, de sa vie. L'autre, c'était forcément madame Ledru. Mérédith crispa les poings. Madame Ledru allait amèrement regretter son attitude.
Mérédith ne devait la coincer que trois jours plus tard. Lorsqu'elle rentra du travail cette après-midi là, une femme à cheveux très courts, auburn, parlait ou plutôt murmurait avec la gardienne. Les deux femmes sursautèrent en l'apercevant. La mare rouge qui s'échappait du flanc du pauvre chat se réinstalla dans l'esprit de Mérédith, et la fureur la fit trembler. Elle fondit sur sa proie :
- C'est vous madame Ledru ?
- Mais, mais...
- C'est vous, oui ou non ?
L'autre se redressa soudain et persiffla :
- Oui, pourquoi ?
Mérédith la poussa sans ménagement contre le mur et hurla :
- A votre avis ? Alors écoutez moi bien... vous allez me lâcher, moi et mon chat. Tout de suite ! Je vous le conseille vivement !
- Mais... mais vous êtes folle ! Vous me faites mal !
Mérédith se rendit compte alors qu'elle agrippait la femme par le col de sa veste tailleur et la lâcha brutalement en la propulsant contre le mur où son crâne cogna en résonnant.
- Ca, c'est un avant goût ! Vous n'arriverez pas à me casser, en revanche, moi, je vais vous faire la peau !
Il était dix-huit heure quand de lourds pas se firent entendre dans l'escalier, juste avant que l'on ne cogne à la porte et que grosse voix masculine de rugisse :
- Police ! Ouvrez !
Ils étaient deux, deux policiers en uniforme. Le plus âgé s'enquit d'un ton désagréable :
- Nous avons une plainte de madame Ledru. Vous avez menacé et malmené cette dame devant témoins.
- Entrez. En effet, et je vais vous expliquer pour quelles raisons.
Lorsqu'ils repartirent, trente longues minutes plus tard, Mérédith sentit que la peur attendait, tapie tout près, forte du nouvel accès de faiblesse de sa victime familière. La convocation au commissariat que l'officier de police lui avait remise n'y était pour rien. La peur venait d'un doute, d'un effroyable doute. Elle fouilla dans le tiroir de sa commode, retournant tous les papiers entassés. Enfin, elle retrouva le petit papier griffonné par l'ancienne propriétaire. La gentille petite voix qui lui répondit la pria de bien vouloir patienter quelques instants : "Maman était dans la cuisine."
Mérédith lui rappela son nom, le récent achat de l'appartement. Un long soupir se fit entendre à l'autre bout de la ligne. Puis la femme déclara :
- Je crois que je sais pour quelle raison vous m'appelez. Je m'en suis voulu... Je me disais que j'aurais dû vous avertir, vous aviez l'air sympa. D'un autre côté, il fallait que je vende. Elle me rendait dingue et je ne voulais pas sombrer comme les autres zombies. Elle les terrorise.
La femme s'interrompit et reprit son souffle :
- Ca a duré presque deux ans... je me suis installée dans cet appartement après ma rupture avec le père de Lucie. J'étais déjà pas mal amochée émotionnellement, une proie facile. Les persécutions ont débuté quelques mois plus tard. C'est devenu un enfer. On ne pouvait plus parler, ou écouter de la musique. J'osais à peine passer d'une pièce à l'autre, on hésitait à prendre une douche. L'enfer, vraiment. J'ai plongé, ça s'est terminé avec des anti-dépresseurs. Il fallait que je parte, je ne pouvais pas imposer cela à ma fille.
Mérédith perçut le léger recul de la peur. La rage regagnait peur à peu le terrain perdu. Elle explosa :
- Mais enfin, qui est cette bonne femme pour avoir tant de pouvoir ?
- C'est une tordue, une dingue manipulatrice, mauvaise, menteuse, redoutable.
- Je vais faire circuler une pétition contre cette Ledru de malheur et je...
- Qui ?
- La Ledru.
- Mais il ne s'agit pas de Jeannine, vous n'y êtes pas du tout. Jeanine est aussi victime que nous, même si elle tente de sauver l'honneur en prétendant le contraire.
- Quoi ?
- Mais non, voyons... C'est Ginette. C'est Ginette qui commence par vous charmer avec ses manies de vieille dame sympathique, son porto, son ordre sacro-saint. Cette bonne femme est un cauchemar. Remarquez, j'ai, moi aussi, mis pas mal de temps avant de comprendre.
Il sembla à Mérédith que l'air fuyait de la pièce. La conversation se termina rapidement : elle respirait avec difficulté, devenant incapable d'aligner deux pensées cohérentes.
La nuit fut étrangement courte. Du moins, Mérédith ne se souvint-elle jamais de ses premières heures. A un moment, Perl vint poser sa truffe froide sur son nez. Elle attrapa son chat qui se roula aussitôt en boule sur son ventre. Le contact paisible et soyeux de ces poils fins entre ses doigts la calma progressivement. Sa Mamie se réinstalla tranquillement dans sa tête. Des petits instants avec Georgette se bousculèrent les uns derrière les autres. Des mots aussi. Mamie, poing sur la hanche, balançant au primeur le sac de cerises avariées qu'il avait tenté de lui fourguer. Georgette, raide comme la justice, dressée de toute la hauteur de son mètre cinquante, menaçant de son doigt en forme de patte de poulet l'abruti qui venait de tenter de la prendre pour plus myope qu'elle ne l'était. Cette phrase. A quelle occasion avait-elle prononcé cette phrase ? Le rat. "Lorsqu'ils tentent de vous manger la soupe sur la tête, on se défend et avec fermeté!"
Voilà quelque chose dont on pouvait tirer une leçon.
La nuit achevait de se décolorer lorsque Mérédith reposa le vieux chat sur son coussin. Elle se prépara un solide petit déjeuner et mit un CD de Nightwish dans sa chaîne hi-fi. Ces dernières semaines, c'est à peine si elle écoutait de la musique. Pire, elle s'était habituée à mettre son lecteur mp3 sur les oreilles en guise de substitution. Le son puissant de la musique emplit rapidement la pièce, pour la plus grande joie de sa propriétaire.
Les coups hargneux dans les canalisations arrivèrent plus vite qu'elle ne l'avait espéré. Elle poussa encore le son. Encore des coups ? Quelques décibels de plus. Le CD s'acheva. Mérédith était fin prête. Elle attendait.
Enfin, elle entendit l'autre porte palière s'ouvrir et sortit de son appartement. Un air catastrophé assombrissait le joli visage de Ginette, qui balbutia :
- Mon petit, mais vous êtes folle... elle va se venger...
- Sans blague ? Eh bien, voyons ça.
Le visage se transforma, le regard se fit coupant, mais Ginette n'eut pas le temps de commencer sa phrase ou son cri. Mérédith la poussa de toutes ses forces, de toute sa rage dans l'escalier, de biais, afin que sa tête aille cogner contre la cage métallique de l'ascenseur.
La jeune femme contempla l'angle bizarre que formait la tête de la vieille femme par apport à son torse. Un soupir derrière elle. Elle se retourna d'un bloc. Mademoiselle Lecoq se baissait pour enfiler ses chaussures. La grande femme trop mince se redressa, et rougit en tendant la main :
- Je m'appelle Thérese. Rupture de cervicales. C'est sans bavure. Je l'ai assez répété à cette pauvre Ginette : une femme âgée, gambader comme cela dans les escaliers. Un accident était inévitable. A son âge, on n'a plus les même réflexes qu'à vingt ans. Eh bien, je me sauve, je vais être en retard...
Dans l'ordre, appelez les pompiers et la gardienne. N'oubliez pas de mentionner que je suis témoin de la chute accidentelle de Ginette. Le bruit vous a attiré sur le palier. Et si nous sablions le champagne ce soir ? J'achète une bouteille. Vingt heure chez moi, ça vous va ? Je préviendrais Jeannine.
Une nouvelle loi venait de se former dans l'esprit de Mérédith : toutes les vieilles femmes ne sont pas des angelots. Certaines sont de vraies salopes, c'est tout. Ce qui prouve également que quelques écarts de langages sont parfois pertinents.
Par Cassandre - Publié dans : Textes
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