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Citations

"Happiness always looks small while you hold it in your hands, but let it go, and you learn at once how big and precious it is. "  - Maksim Gorky

"Si nous voulons construire une amitié durable, nous devons aimer nos amis pour eux et non pour nous." - Charlotte Brontë


"Every man is the architect of his own  life. He builds it just the way he  wants it. However,  after he  has built  what he  wants, he  sometimes decides that he doesn't like  what he  has built  and looks  for someone  or something  to blame instead of changing himself." - Sidney Madwed

"L'imagination porte bien plus loin que la vue." - Baltasar Gracian Y Morales


"La connaissance a de commun avec la  bêtise qu'elle n'a pas de limites. Il  est commun que les limites de nos connaissances sont des bêtises. Les limites de nos bêtises sont nos connaissances communes. La connaisance de nos limites met à  nu nos bêtises communes. C'est une  bêtise d'arrêter nos connaissances aux  limites de nos bêtises communes."





A mes visiteurs...

Je vous souhaite la bienvenue sur ce modeste Journal, intime parfois (qui a dit souvent, là bas au fond ??!! ;-) ), réactif souvent, photographique le lundi, "littéraire" le mercredi, à propos du Japon (pays que j'aime beaucoup) le samedi et aussi humouristique, du moins je l'espère !

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Mercredi 24 janvier 2007
En avant pour la suite de notre saga du Mercredi (c'est ravioli...).. les précédents épisodes sont ICI, CA et LA... =^.^=



Mais c'est Marty qui se lança.
"Il y a presque vingt-cinq ans, dans les années 1980, deux gamins allaient au lycée  de l'autre côté du lac, en prenant le ferry. Pour être à l'heure, ils auraient pu prendre celui de sept heure quarante-cinq, mais ces deux là prenaient toujours celui de six heures. Ils faisaient partie de l'équipe d'athlétisme de leur établissement, et il se trouve qu'ils sortaient ensemble. Une fois les frima de l'hiver terminé, plutôt que de prendre le ferry, ils courraient en longeant le lac et ses plages. Vous voyez le tableau Amélia ?"
Elle visualisait très bien le côté romantique de la situation. Mais ce qu'elle ne voyait pas, c'est ce que pouvait faire ces deux tourtereaux en attendant le passage du bus de ramassage scolaire, de l'autre côté du lac.
Marty secoua la tête en souriant.
"Nan, ils couraient aussi de ce côté là. Sans se tenir la main, mais c'était kif kif. Toujours côte à côte, John Johnson et Mary Stewart. Ils étaient inséparables quelques années durant."
Amélia se raidit, le John Johnson qu'elle connaissait à Buffalo, c'était le maire, un homme sociable, toujours un mot aimable pour tout le monde et l'oeil rivé sur le siège de sénateur à Omaha. Son teint se colorait de couperose alors que son ventre enflait quelque peu. Elle essaya de se l'imaginer en pleine course - cinq kilomètres par jour sur les bords du lac - et n'y arriva pas.

"Ca n'avance pas beaucoup, hein, ma chère ? demanda Steven.
- Non, admit-elle.
- Eh bien, c'est parce qu'à la place du John Johnson coureur athlétique, gai luron et amant du samedi soir, vous imaginez John Johnson, le Maire, qui se trouve être le seul crapaud de cette petite mare politique. Il monte et descend l'avenue principale de Bedfort Street, avec ce sourire Colgate bi-fluor à faire pâlir une midinette d'Hollywood. Il a toujours le petit mot qu'il faut pour chacune des personnes qu'il rencontre, n'oublie jamais un nom et sait qui roule en Chrisler ou se traîne encore avec le vieux modèle Ford de ses parents. Une caricature d'homme politique tout droit sortie des vieux films des années 1940 sur les magouilles politiques de lieux paumés, et il est tellement bouseux qu'il ne s'en rend même pas compte. Il lui reste un peu de ressort toutefois, juste assez pour viser Omaha - saute, crapaud, saute - et une fois arrivé sur sa feuille de nénuphar, faut espérer qu'il s'en contentera sinon, il finira comme ses compères, sur le bord de la route en hachis parmentier.
- C'est d'un tel cynisme", dit Amélia, non sans un certain amusement dans la voix.

Steven haussa ses maigres épaules. "Hé, j'suis moi même un stéréotype, beauté. Sauf que mon film à moi c'est celui où le flic se fait descendre à coin de rue pour avoir filé une prune à son fiston chéri. Ce que je veux dire, c'est que le Johnny à l'époque, c'était une autre créature - mince comme un boulot, rapide comme l'éclair. Une véritable icône grecque, s'il n'y avait eu ces malheureuses dents de lapin, qu'il a fait arranger depuis, fort heureusement pour sa carrière ! Et elle... ah... elle était divine dans son petit short rose moulant qu'elle avait alors." Il marqua une pause. "C'est bien souvent le cas des jeunes filles de cet âge... dix-sept ans, c'est l'âge des jeunes filles en fleur.
- Ferme un peu ce qui te sert de clapet, y'a d'la bave qui coule" l'apostropha Marty.
- Pas du tout, je suis tout à fait sérieux là.

- Si tu le dis. Mais je dois reconnaître que c'était quelque chose c'te gamine. Et plus grande que le John de quelques centimètres, ce qui a sans doute été la raison de leur séparation au printemps de l'année suivante. Mais en ce temps là, plein de fougue et de vie, ils courraient jusqu'à leur lycée. Les paris allaient bon train sur la date où Mary allait se retrouver grosse et pourtant, rien de tel jamais n'arriva. Soit qu'ils étaient très sage, soit qu'elle était drôlement prudente." Il s'interrompit à nouveau."ou encore, après tout y'z'étaient pas stupide ces deux là et un tantinet plus au courant que la moyenne des gamins du coin à cette époque.  
- Peut-être parce qu'ils courraient tout le temps, fit judicieusement remarquer Steven.
- Revenons à nos moutons, je vous prie. Vous vous égarez tous les deux, dit Amélia - ce qui les fit rire.
- A nos moutons, donc, répéta Marty. Il se trouva qu'un matin du printemps 1981 - en mars, ce devait être, mouaip en mars - ils aperçurent une femme assise sur la plage du côté du lieu dit de Black Eagle. Vous savez juste à la sortie de Buffalo."

Amélia connaissait bien les lieux. Black Eagle était un joli petit coin en bordure de la ville, envahi chaque été par les vacanciers, et d'ailleurs elle imaginait mal cet endroit en hiver. Mais elle aurait bien l'occasion de le voir de ses yeux. Sa mutation devait se poursuivre au moins encore six mois.

"Enfin, pas exactement assise, corrigea Marty. A demi affalée, c'est ainsi que les journaux l'ont décrite, plus tard. Elle était adossée à une de ces poubelles, vous savez, celles dont le pied est enfoui dans le sable pour éviter qu'une brusque rafale ne les emporte. Mais le poids de la demoiselle avait pesé, de sorte que..." Il plaça sa main à la verticale puis la pencha sur le côté.
"... qu'elle ressemblait plus à la tour de Pise qu'à une poubelle, acheva Amélia.
- Vous avez tout compris. Sans compter qu'elle n'était pas si chaudement vêtue pour la saison, avec une température qui devait flirter tout juste, tout juste, avec les dix degrés, et pourvu qu'une petit brise souffle et vlan, nous tombions à cinq. Elle avait un pantalon de tailleur noir en pur polyester, petit chemisier de coton blanc, aux pieds des escarpins. Pas de veste, ni de manteau. Pas de gants.
Les gamins n'ont fait ni une ni deux et se sont précipités pour voir si tout allait bien, et force fut de constater que non. John a dit ensuite qu'il avait su qu'elle était morte en voyant son visage. Mary a dit pareil, bien sûr... mais aucun d'eux n'a voulu l'admettre sur le moment - vous le pourriez vous ? Sans en avoir la certitude ?
- Non, répondit Amélia.
- Elle était juste assise là - enfin... à demi affalée là -, une main sur sa jambe et l'autre - la main gauche - posée sur le sable. Elle avait le teint pâle, un peu cireux comme ces mannequins dans les vitrines des boutiques. Elle avait les yeux fermés, et Mary a dit que les paupières avaient une drôle de couleur bleue. Tout comme les lèvres, et que son cou était un peu bouffi, d'après ce qu'elle a rapporté. Elle avait les cheveux noirs, très long... le vent d'ailleurs venait les souffler délicatement de son front... mais je digresse. Et Mary dit : "Madame, vous dormez ? Si vous dormez, faudrait vous réveiller." Et John Johnson de dire : "Elle ne dort pas, Mary, et elle n'a pas perdu connaissance non plus. Elle ne respire plus." Mary a déclaré plus tard savoir que ses efforts pour la réveiller étaient vain, mais elle ne voulait pas y croire. Pou' su', pauv' gosse. Alors elle fait : "Peut être que si. Peut être qu'elle dort. On ne sait pas, il faut en être sûrs. Secoue la, toi. On verra, elle se réveillera peut être."
"Et John, la dernière chose qu'il voulait, c'était de secouer ce corps là, mais il ne voulait pas non plus passer pour une poule mouillée. Vous pensez, devant sa donzelle en plus... non, ça ne le faisait pas. Alors il s'est penché - il a du faire un colossal effort, il me l'a avoué bien des années plus tard, après quelques bières au pub Big Ben - et il a secoué la femme par l'épaule. Il a dit qu'il a su avec certitude, dès qu'il l'a sentie, parce que sous le chemisier, ça ne ressemblait pas pas du tout à une vraie épaule, mais plutôt à celle d'une statue. Mais il l'a quand même secouée en disant "Aller, madame, réveillez-vous, il fait froid, faut pas rester là comme ça... réveillez-vous, vous allez..." - il allait ajouter "attraper la mort", et puis il s'est fait la réflexion que ce n'était peut être pas la chose à dire, là maintenant, au vu des circonstances (il pensait peut-être déjà en politicien à l'époque!) et il a opté pour : "Mais putain, bougez-vous!" il l'a poussé deux fois. La première fois, rien ne s'est produit. Et la deuxième fois elle est tombée sur le côté. Sa tête a cogné le sable, ses cheveux ont recouvert son visage. Mary a poussé un cri horrifié et s'est mise à courir en direction de la route principale. Elle a détalé plus vite qu'un lapin devant un chien, ce qui représente une sacrée vitesse, d'autant qu'elle avait l'habitude, justement, de courir. Mais elle s'est arrêtée, et John l'a rattrapé, et passé son bras autour de sa taille, et il m'a confié plus tard qu'il n'avait jamais été aussi heureux de sentir de la chair vivante sous son bras. Il m'a raconté qu'il n'avait jamais oublié cette sensation, quand il a agrippé l'épaule du cadavre, comme du marbre sous le chemisier."

Marty s'interrompit brusquement, et se leva. "Je vais prendre un Coca-Cola dans le frigo. J'ai le gosier asséché et c'est une longue histoire. Quelqu'un en veut un ?"
Il se trouva que tous en voulaient un, et comme c'était pour Amélia que se dressait le spectacle - si tel pouvait en être la description - c'est elle qui alla chercher les rafraîchissements. A son retour, les deux vieillards étaient appuyés de chaque côté de l'immense fenêtre, à contempler l'eau et la terre au loin, de l'autre côté du lac. Elle les rejoignit, posa le vieux plateau en bois en équilibre sur le large rebord puis fit passer les boissons.

"Où en étais-je déjà ? demanda Marty, après avoir pris quelque gorgées de son breuvage gazeux.
- Tu sais très bien où tu en étais, assena Steven. Au moment où notre futur maire et Mary Stewart, qui se trouve le diable seul sait - sûrement en Floride, au soleil et surtout le plus loin possible de ce trou perdu - venaient de découvrir la fille de Buffalo, morte, sur la plage de Black Eagle.
- Pou' su'. Bien, John se disait que ce serait peut être une bonne idée de continuer à courir, au moins jusqu'au téléphone le plus proche, c'est à dire celui qui se trouvait devant la station service, afin de nous téléphoner. Cette solution convenait parfaitement à Mary, mais elle tenait avant, à ce qu'il remette la femme dans sa position originelle. C'est comme ça qu'elle l'appelait, la "femme". Jamais la "morte", ou "le cadavre", mais la "femme". Alors John dit : "Je ne crois pas qu'il serait bien qu'on la bouge, la police n'apprécierait pas." Ce à quoi Mary a rétorqué : "Mais on l'a déjà bougée ! Je veux que tu la remette comme on l'a trouvée." Et lui dit : "Je l'ai fait parce que tu me l'as demandé sinon, jamais je ne l'aurais touchée !". Et elle de répliquer : "Je t'en prie, John, je ne supporte pas de la voir comme ça". Après quoi, elle s'est mise à pleurer, ce qui bien sûr fonctionne à chaque fois, et il retourna près du cadavre, toujours plié en deux comme auparavant, mais avec la joue posée sur le sable... enfin, c'est ce qu'on peut se dire vu qu'elle était cachée par ses cheveux.
"John m'a dit ce soir là au Big Ben qu'il n'aurait jamais pu faire ce qu'elle lui avait demandé si elle n'était pas restée là, à le regarder jusqu'à ce qu'il en ai eu fini. Je crois qu'il disait vrai, car, pour une femme, un homme est prêt à beaucoup de chose qu'il regrette immédiatement, ensuite, une fois seul avec lui-même. Des choses qu'il refuserait de faire, même ivre mort poussé par une bande de potes tout aussi ivres morts. John me disait que plus il s'approchait de cette femme sur la plage, plus il était certain que celle-ci allait se mettre à ramper vers lui, les cheveux masquant toujours son visage... un peu comme dans ce film japonais qu'on a vu récemment, Ring, je crois... bref, savoir qu'elle était morte n'arrangeait rien à l'affaire, ça  ne faisait qu'accentuer cette impression qu'elle allait se mettre à bouger. Il a pourtant fini par faire ce que lui demandait Mary, et a redressé la jeune femme, l'adossant de nouveau à la poubelle. Laquelle, il l'a bien cru, allait basculer au sol, mais elle a pourtant tenu le coup... Vous voyez, Amélia, je suis convaincu au plus profond de moi que les êtres humains sont programmés pour prévoir le pire en toute circonstances, parce que justement, celui-ci se produit rarement. Alors ce qui est minable nous paraît acceptable - voir bien, en fait - et alors nous réussissons à faire face.
- Vous le croyez vraiment ?
- Oh oui, m'dame ! Quoiqu'il en soit, John, s'en allait à reculons du corps quand il aperçut un paquet de cigarettes tombé dans le sable. Et parce que le pire était passé et que la situation était juste minable, il a pu les ramasser - il s'est même dit qu'il faudrait qu'il nous le dise, au cas où, pour les empreintes - et il les a remises dans la poche de pantalon du cadavre. Puis il est retourné auprès de sa douce, qui se serrait les bras autour du corps, plus de peur que de froid, même si elle ne devait décidement pas avoir chaud dans son petit short rose et sa petite veste de survêtement.
- Encore qu'ils n'ont pas du avoir froid longtemps, vu qu'ils ont couru jusqu'à la station service, et j'parie que si quelqu'un avait eu un chronomètre sur lui ce jour là, il aurait enregistré le record du monde de quatre cent mètres ! C'est elle qui nous a téléphoné, elle gardait toujours de la menue monnaie dans ses poches.
- On lui a demandé si elle était bien sûre que la dame était morte, et elle a répondu oui. On lui a demandé de nous passer John, même question, même réponse. Et il a rajouté qu'il avait secoué le corps mais que celui-ci était aussi raide qu'un bâton de bois et qu'elle avait basculé, que des cigarettes étaient tombées de sa poche et qu'il les avait remises en place (pensant qu'il allait se faire étriper pour ça, mais on est pas des sauvages tout de même !). Personne ne lui a jamais rien reproché. On est loin des Experts, pas vrai ?
- On en est pas si loin" répliqua Amélia, repensant à un passage d'un épisode qu'elle avait vu par hasard à la télé.
Mais étant donné la conversation qui avait amené à ses révélations, elle se disait qu'aucun Gil Grissom ne déboulerait pour résoudre cette énigme là, et qu'on ne soit pas à Las Vegas ne changeait rien.... même si quelqu'un avait forcément du faire un peu avancer l'enquête, se dit Amélia. Assez en tout cas, pour savoir d'où venait la jeune femme.
"On leur a dit de retourner sur la plage où se trouvait l'inconnue et de s'assurer que personne n'y toucherait plus et que s'ils étaient en retard pour leurs cours, qu'on leur ferait un petit mot d'excuse. Ce a quoi John nous a rétorqué que c'était bien le cadet de ces soucis."
Amélia comprenait parfaitement la situation. C'est sûr qu'après pareille découverte, tout le reste devenait dérisoire.
"Pendant ce temps, reprit Steven, on a appelé le doc Soraya Bones." Il marqua un temps d'arrêt, le souvenir le faisant sourire. Ou peut-être juste pour l'effet dramatique. "Et nous avons téléphoné au rédacteur de la Gazette de Buffalo."

A suivre...



 

Alors ? vous voulez la suite ?

Je peux m'arrêter là si vous me le demandez...

Edito : lien vers le chapitre 5


par Cassandre publié dans : Textes
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