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Citations

"Happiness always looks small while you hold it in your hands, but let it go, and you learn at once how big and precious it is. "  - Maksim Gorky

"Si nous voulons construire une amitié durable, nous devons aimer nos amis pour eux et non pour nous." - Charlotte Brontë


"Every man is the architect of his own  life. He builds it just the way he  wants it. However,  after he  has built  what he  wants, he  sometimes decides that he doesn't like  what he  has built  and looks  for someone  or something  to blame instead of changing himself." - Sidney Madwed

"L'imagination porte bien plus loin que la vue." - Baltasar Gracian Y Morales


"La connaissance a de commun avec la  bêtise qu'elle n'a pas de limites. Il  est commun que les limites de nos connaissances sont des bêtises. Les limites de nos bêtises sont nos connaissances communes. La connaisance de nos limites met à  nu nos bêtises communes. C'est une  bêtise d'arrêter nos connaissances aux  limites de nos bêtises communes."





A mes visiteurs...

Je vous souhaite la bienvenue sur ce modeste Journal, intime parfois (qui a dit souvent, là bas au fond ??!! ;-) ), réactif souvent, photographique le lundi, "littéraire" le mercredi, à propos du Japon (pays que j'aime beaucoup) le samedi et aussi humouristique, du moins je l'espère !

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Mercredi 31 janvier 2007
Les chapitres précédents :



Chapitre 1 Chapitre 2
Chapitre 3 Chapitre 4





"Une victime de meurtre apparaît subitemment dans le coin le plus fréquenté du patelin et vous prévenez les journalistes ? demanda Amélia. Alors ça franchement, ce n'est vraiment pas comme dans les Experts, d'où qu'ils soient !
- La vie dans le Nebraska ressemble rarement aux Experts, lança Marty d'un ton sec, et à l'époque les choses étaient à peu près ce qu'elles sont aujourd'hui, Amélia, surtout quand les touristes s'en sont retournés chez eux et que nous restons entre nous, voilà tout. Ca n'a rien de très romantique, c'est juste disons... la politique du soleil. Tout le monde sait ce qu'il y a à savoir et au moins pas de commérages dans tous les sens. Et un meurtre ! Vous vous emballez ma chère, pas vrai ?
- Fiche lui la paix, dit Steven. C'est nous qui lui avons mis ça dans le crâne avec les empoisonnements de North Platte. Amélia, Soraya Bones a mis au monde mes jumeaux. Ma seconde épouse - Hélène, que j'ai épousé dix ans après le décès de ma chère Emeline - était la meilleure amie de Soraya, je crois même qu'elle est sortie quelque temps avec son frère pendant le lycée. A l'époque, c'était comme le souligne Marty, mais ce n'était pas que professionnel."

Il posa sa cannette de Coke (qu'il surnomait "dope") sur le rebord de la fenêtre, puis brandi ses mains de chaque côté de son visage, ouvertes, bien en évidence, dans un geste qu'elle trouva à la fois charmant et désarmant. Je ne cacherais rien, semblait-il dire.

"On est une bande de sacrés loustics, ici. Ca l'a toujours été et je suppose que ce le sera toujours, parce que je ne pense pas que Buffalo s'étende beaucoup plus que ce qu'elle n'est.
- Encore heureux ! Grommela Marty. J'veux pas de ces satanés mall dans le coin ! Mille excuses, Amélia."
Qu'elle lui accorda, d'un charmant sourire.
"Bref, je voudrais que vous mettiez cette histoire de meurtre de côté, Amélia. Vous voulez bien ?
- D'accord.
- Une fois que vous aurez entendu la totalité de notre histoire, je pense que vous ne pourrez vraiment y adhérer sans pouvoir toutefois l'écarter complétement. Et c'est ce qui dérange le plus dans cette histoire de la fille de Buffalo... qui fait que ce n'est décidément pas une histoire pour le Lincoln Review, le Yankee ou le Nebraska Today. La Gazette de Buffalo, c'est différent, c'est un journal bien de chez nous, et il ne pouvait pas ne pas couvrir l'événement, surtout à l'époque, on vous a dit pourquoi. La kermesse annuelle de l'église ou le bal des pompiers, c'est généralement tout ce que nos journalistes ont a se mettre sous la dent.
- Sans oublier le fameux pique-nique", murmura Amélia, les gens sont avides de ce genre d'histoires.
Les deux hommes se mirent à rire de bon coeur.
"Pou' su' ma chère ! acquiesça Steven, souriant toujours. Mais parfois il se passe que deux tourteraux qui pendant leur petit jogging journalier tombent sur un cadavre dans le plus joli coin de la région et c'est là que les journalistes se disent "on tient quelque chose" et la police, "oh non, pas chez nous !". Jusqu'au moment où on découvre qu'il n'y a rien. Que ce ne sont en fait qu'une succession de faits sans vraiment de lien entre eux. Et ça, c'est justement ce dont les gens ne veulent pas. Ca les perturbe, ça fait trop de vagues... et ça donne le mal de mer.
- Amen, conclut Marty. Maintenant pourquoi ne raconterais-tu pas la suite ?
Il n'en fallait pas plus à Steven Seagull pour se lancer.

*~~~~~~~~~~~~~~~~~*


"On a suivi l'affaire du début à la fin, même si les flics du comté s'en sont mélés. Les gamins sont revenus surveiller le corps, mais c'était quasi-inutile. C'est pas franchement le monde qui passe par là en dehors des périodes touristiques. Nous sommes arrivés en même temps que Soraya. On a pris leur déposition oralement et on les a renvoyé chez eux avec le mot d'excuse promis. Et c'est là qu'ils sortent de l'histoire. Les gens sont curieux pour sûr, mais  la plupart du temps quand on leur dit qu'ils peuvent partir, ils sont bien content de déguerpir, j'en suis sûr. Bref, Soraya a garé sa voiture, attrapé sa sacoche, et nous sommes allés auprès du cadavre assis contre sa poubelle. Elle avait légèrement basculée sur le côté et la première chose qu'a faite la doc, c'est de la redresser un peu... pour lui redonner de la dignité sans doute...
- Ou peut-être que c'était plus simple pour procéder à l'examen, ajouta Marty.
- Sans doute, je ne sais pas. Toujours est-il que j'ai posé la question. "Elle est morte, Sorrie ?
> On ne peut plus, me répondit-elle, au moins depuis 6 ou 7 heures. Raide comme une plance. Rigor mortis."
> Alors vous pensez qu'elle est là depuis quoi... vingt-trois heures, minuit ? a demandé Marty.
> Elle pourrait aussi bien être là depuis le labour day* pour autant que je sache, vu le monde qui fréquente l'endroit... mais une chose dont je suis certaine, c'est qu'elle est décédée à deux heures du matin, à cause de la rigor mortis. Elle peut bien être morte depuis minuit, mais sûre et certaine, à deux heures, elle ne respirait plus. Ceci dit, je ne suis pas experte de ces choses là. Si le vent soufflait fort du large, ça a pu jouer sur la rigidité...
> Pas de vent la nuit dernière, lança impromptument Gary Thomson, le journaliste de la Gazette de Buffalo, qui venait d'arriver sur les lieux. Aussi calme que dans une crypte.
> Ben voyons, et vous voulez pas non plus prononcer l'heure du décès, tant que vous y êtes ? jeta le docteur Bones.
> Non, répondit Gary, chacun son métier, je vous laisse ce plaisir.
> Mouaip, je crois que je vais laisser ce travail au docteur du comté, l'est payé pour ça par l'état après tout. Je ne suis que généraliste... mais vous pouvez déjà noter qu'elle était morte à deux heures."
Alors on est resté figés là, tous les quatre, à la regarder comme si on portait son deuil. Une minute ça peut paraître odieusement court, dans certaines circonstances, mais dans un moment comme celui-là, c'est très long. Je me souviens de l'odeur de marais qui remontait du lac, mais surtout du bruit du vent dans les feuilles...
- Je sais, fit doucement Amélia, on dirait un cri de chouette."
Ils hochèrent tous deux la tête. En hiver, c'était parfois bien plus effroyable, comme les pleurs d'une femme au désespoir, ça elle ne le savait pas, et pas besoin de le lui dire.
"Et enfin - histoire d'écrire quelque chose j'imagine - Gary a demandé à Soraya d'estimer l'âge de la femme.
> Je dirais juste dans la trentaine, à 5 ans près. Tu en penses quoi Steven ?" Et j'ai fait oui de la tête. Trente ans, ça m'avait l'air exact, et je me rappelle m'être dit que c'était vraiment dommage pour une jeune femme de claquer à cet âge là.
Puis la doc a noté quelque chose qui lui a attiré l'oeil, elle a mis un genou à terre et a pris la main du cadavre, celle posée sur le sable. Les doigts étaient un peu recourbés, comme si au moment de sa mort, elle essayait de les joindre pour former un tube dans lequel elle aurait regardé, semblable à une longue-vue. Quand la doc a relevé la main, on a remarqué du sable collé entre les doigts et sur la paume.
"Qu'est-ce que vous voyez ? a demandé Gary. Pour moi ça ressemble juste à du sable de plage."
> "Evidemment que c'en est, mais pourquoi est-ce que ça colle ? répliqua la doc. Il n'a pas plu la nuit dernière. Le sable est donc sec. Et regardez là aussi..."
Elle tourna la main et nous montra l'annulaire orné d'une alliance. La tournant un peu plus, paume vers le haut à présent, pour que la lumière se reflète mieux. "Et là, dit-elle, vous voyez mieux ?"
> Qu'est-ce que c'est ? j'ai fait. De la graisse ? De l'huile de moteur ?"
Sorrie a répondu en souriant : "Il me semble bien que tu viens de décrocher la timbale, Steven. Et tu vois comment la main est recourbée ?"
> Pou' su', comme si elle avait tenu une paire de jumelle ou une longue vue, a fait Marty.
> Non, je ne crois pas que ce soit cela, a dit la doc", et alors je me suis rendu compte de quelque chose, Amélia - C'est qu'elle était excitée comme le sont les gens qui ont découvert quelque chose dont ils savent que personne d'autre ne remarquerait en temps normal. Elle a regardé attentivement le visage de la morte (du moins c'est ce que j'ai cru, qu'elle scrutait son visage mais il se trouvait que c'était un peu plus bas que ça), puis de nouveau, sa main gauche recourbée. "Je ne pense vraiment pas", a-t-elle ajouté.
"Alors quoi ? a demandé Marty. Je sens que c'est moi qui vait encore me farcir la partie administrative alors donne moi plus d'informations. J'ai pas envie de passer la matinée sur mes genoux, même pour vos beaux yeux Soraya.
> Vous voyez son pouce ? Il touche presque son index et son majeur", nous a sorti la doc, et oui, on voyait bien. "Si elle avait claqué en étant en train de regarder à travers sa main recourbée, le pouce se trouverait par dessus les deux autres doigts, à cheval sur le majeur et l'annulaire. Essayez, vous allez voir, si vous ne me croyez pas."
C'est ce que j'ai fait et qu'on me coupe la tête si la Bones avait tord.
> Ca ne fait pas un tube, ça fait plutôt tenailles. Ajoute à cela le fait qu'on retrouve de la graisse et ces grains de sable collés sur la paume et l'intérieur des doigts, qu'est-ce que tu en déduis ?
> Qu'elle était en train de manger quelque chose au moment de passer l'arme à gauche... mais qu'est-ce que ce pouvait être ?
La doc montra alors de son index la gorge de la jeune femme - que même Mary Stewart avait remarqué, en disant qu'elle avait l'air bouffi - et répondit : "J'ai dans l'idée qu'une partie se trouve encore là, là où ça l'a étouffée. Tu me passes mon sac, s'il te plaît, Steven."
J'lui ai tendu, elle s'est mise à farfouiller, et quand elle reposa son sac à terre, elle en avait extrait deux trucs bizarroïdes dont j'ignorais le nom et l'utilité. Chacun son métier !
> J'ai deux otoscopes - c'est à dire mes lampes d'auscultation. Une pour tous les jours, et une de rechange, au cas où. On va avoir besoin des deux.
> Oh la ! Oh la! Je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée... Il vaut mieux laisser ça au docteur du comté, il est payé pour ça lui...
> J'en prend l'entière responsabilité a-t-elle rétorqué. La curiosité est un vilain défaut mais après tout, c'est une prérogative toute féminine et la satisfaire, tu m'excusera du peu, ça fait fichtrement du bien ! Et puis quoi, tu m'as pas fait sortir de sous ma couette par un matin glacial juste pour me faire constater une mort... mais une mort bizarre. Alors autant explorer jusqu'au bout. Qu'en penses-tu, mon cher ami ? Aller Steven, prend donc celle là, toi Marty, celle-ci et ne les lachez pas dans le sable s'il vous plaît, ces petits joujoux valent dans les cent cinquante dollars. Bon, maintenant, vous allez faire très exactement ce que je vous dis. Vous avez déjà vu faire ces gens dans les galleries quand ils éclairent un tableau pour lui donner un joli petit air ?
On en avait pas la moindre idée, les musées et nous, ça faisait plutôt deux. Elle nous expliqua donc, et quand elle fut sûre que nous avions bien compris ce qu'elle attendait de notre part, nous nous sommes tous trois agenouillés devant le cadavre assis. Sauf qu'au lieu d'éclairer une oeuvre d'art, nous illuminions la gorge d'une morte, histoire que Soraya puisse y jeter un oeil.
Elle s'est mise en position, tendu la main vers la bouche bleuie, entrouvert les lèvres et glissé ses doigts entre les dents. "Approchez vous les gars, j'crois pas qu'elle va me mordre, mais si je me trompe, je risque d'avoir mal."
Nous nous sommes approché un peu plus près encore et on a braqué les loupiottes bien comme elle nous le demandait. C'était rouge et noir à l'intérieur, seule la langue était d'un rose plus clair. Elle abaissait la machoire le plus bas possible afin de pouvoir se faufiller au plus loin dans la gorge... puis elle nous fit, "levez un peu vos lumières, droit jusqu'au fond de l'oesophage". On a fait de notre mieux bien sûr, on a changé la direction de nos lampes pour balayer le fond de la gorge et... mince comme ça s'appelle déjà ce machin qui pendouille au fond ?
- La luette ! répondirent en coeur Amélia et Marty.
Steven acquiesça. "Pou' su', la luette. Et juste au-delà, je voyais quelque chose, enfin le haut d'un truc plutôt foncé. Ca n'a duré que quelques secondes mais ça a eu l'air de satisfaire notre bonne doctoresse. Ella ressorti ses doigts de la bouche de la morte - la lèvre inférieure a fait une sorte de "plop", en retombant contre la gencive, mais la machoire est restée dans la même position - et puis elle s'est relevée.
"C'est certain, c'est là dedans, fit-elle contente d'elle, un radieux sourire illuminant son visage. Dumbleveille, le docteur du comté va nous le sortir, et on saura exactement de quoi il s'agit, steak, porc ou autre, pour l'importance que ça a de toute façon. On sait ce qui compte - elle est venue avec morceau de viande dans la main, s'est assise pour le manger en regardant le lac, et s'est étouffée avec. Avec la dernière bouchée de son repas, mais c'est pas forcé."
> "Une fois morte une mouette ou un autre oiseau a pu descendre en piqué pour lui arracher ce qui restait dans ses doigts, a suggéré Marty. Ne laissant derrière elle que la graisse."
> "Tout à fait exact, fit Soraya. Bon, vous allez m'aider à porter ma saccoche jusqu'à la voiture ou allez vous vous comporter en muffles ?"


A suivre...


* Labour day : Fête du travail aux Etats Unis, tombe le premier lundi du mois de septembre.




Voilà voilà.. un chapitre de plus.... Vos avis m'interessent !!!

Merci de les laisser dans les commentaires !


Edito : Lien vers le chapitre 6
par Cassandre publié dans : Textes
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