Mercredi 7 février 2007
Chapitres précédent :
| Chapitre 1 | Chapitre 2 |
| Chapitre 3 | Chapitre 4 |
Edit 1 :
Désolée d'avoir mis un peu plus de temps que d'habitude pour ce 6ème chapitre... Et vraiment désolée TB que tu ai été "coupé" dans ta lecture... c'est le problème quand on écrit pratiquement directement en ligne...
Donc voici une version brute de décoffrage... faut que je fasse encore la relecture, pardonnez les éventuelles "coquilles"... Merci !
Edit 2 12h25 :
Fautes d'orthographes un peu corrigées... deux trois trucs modifiés... reste encore à relire bien... et ce sera la version définitive. :)
Edit 3 (14h07) et final :
Dernières fautes d'orthographes, j'espère, corrigées... oubli de mots et ceux en trop, corrigés aussi... quelques modifications mineures...
Cette fois c'est la bonne !
Désolée ! ^^"
Désolée d'avoir mis un peu plus de temps que d'habitude pour ce 6ème chapitre... Et vraiment désolée TB que tu ai été "coupé" dans ta lecture... c'est le problème quand on écrit pratiquement directement en ligne...
Donc voici une version brute de décoffrage... faut que je fasse encore la relecture, pardonnez les éventuelles "coquilles"... Merci !
Edit 2 12h25 :
Fautes d'orthographes un peu corrigées... deux trois trucs modifiés... reste encore à relire bien... et ce sera la version définitive. :)
Edit 3 (14h07) et final :
Dernières fautes d'orthographes, j'espère, corrigées... oubli de mots et ceux en trop, corrigés aussi... quelques modifications mineures...
Cette fois c'est la bonne !
Désolée ! ^^"
"Alors, qu'en pensez-vous Amélia? demanda Steven, en avalant une gorgée rafraichissante de coca. Enigme résolue ? Affaire classée ?
- Vous rêvez là ! Plutôt crever la bouche ouverte comme un poisson noyé de pétrole ! s'exclama-t-elle, les yeux flamboyant, remarquant à peine leur sourire satisfait. La partie "cause de la mort", peut-être, mais... au fait, c'était quoi finalement ? Au fond du gosier ? Ou bien vais-je un peu trop vite en besogne ?
- Ma chère, on ne peut pas mettre la charrue avant les boeufs, quand il n'y a même pas de charrue, répliqua Steven, dont les yeux flamboyaient tout autant. Inspectez dans tous les coins, devant, derrière, sur les côtés. Je répondrai à toutes vos interrogations. Marty fera de même je suis sûr."
Comme pour prouver sa bonne volonté, l'adjoint du sheriff dit : "C'était un morceau de boeuf, du steak probablement - de bonne qualité en plus, filet ou aloyau. Il était saignant, et la cause du décès qui fut reportée sur le certificat indiquait asphyxie due à un étouffement, bien que celle que l'on désigne toujours comme la Fille de Buffalo - surnom donné par les journalistes - fut aussi victime d'une ambolie cérébrale massive, une attaque. Bones a décidé que c'était l'étouffement qui avait conduit à l'attaque, mais après tout, c'est peut être l'inverse qui s'est produit. Alors vous voyez, même la cause de la mort n'est pas certaine, quand on y regarde à deux fois.
- Il y a au moins une histoire derrière tout ça - une petite - et je m'en vais vous la raconter de ce pas, dit Steven. C'est l'histoire d'un gars, qui était un peu comme vous, Amélia, même s'il me plaît de penser que vous êtes bien plus douée que lui... mais je digresse, il était jeune ce gars - vingt-cinq ans je crois - et comme vous il n'était pas du coin et il faisait un stage de fin d'études, dans le domaine de la médecine légale.
- Alors il travaillait avec Brightman, le docteur légiste du comté, et il a découvert quelque chose."
Steven eu un large sourire. "Plutôt logique comme raisonnement ma chère, mais non, ce n'était pas le cas. Il s'appelait... comment déjà Marty ?"
Marty Fellow, dont la mémoire était aussi vive que Lucky Luke tirait plus vite que son ombre, n'hésita pas une seconde et répondit : "Pooter. Harry Pooter.
- C'est ça, je me souviens maintenant que tu le dis. Ce jeune homme, Pooter était assigné pour trois mois de travail avec un duo de policiers au service du procureur général. Sauf que contrairement à vous, il n'était pas aussi bien tombé. Condamné aurait été un terme plus adéquat à sa condition. Ils l'ont très mal traité." Une ombre passa dans le regard de Steven. "Les vieux maltraitent souvent la jeunesse, alors que les trois-quarts du temps, tout ce que demande ceux-ci, c'est d'apprendre. Franchement, ces vieux là, on devrait les mettre au rancard vite fait bien fait. Mais au lieu de ça, le plus souvent, ils reçoivent des promotions ou sont décorés. Bref, ce jeunot a passé quatre ans dans une université à Omaha, à apprendre les sciences qui aident à attraper les méchants. Et juste comme il terminait et aller percer, il a tiré le gros lot au loto, en atterrissant au près de deux énergumènes qui l'ont transformé en coursier ou en "éloigneur de curieux" au bord de la route. Oh, peut être à la rigueur, parfois, ils lui laissaient prendre une photo ou une mesure d'empreinte. Mais si rarement, si rarement.
>Quoiqu'il en soit, Amélia, ces deux magnifiques spécimens chasseurs de criminels - et j'espère sincèrement que eux sont à la retraite depuis un bail - se trouvaient au Coyote à Trois Pattes au moment précis où le cadavre de la Fille de Buffalo est apparu sur la plage de Black Eagle. Ils enquêtaient sur la disparition d'un courtier en assurances suite à des incendies "d'origine suspecte", comme on disait dans le jargon déjà à l'époque. Leur stagiaire était avec eux, en train de perdre tout idéalisme.
> S'il était tombé sur une équipe de bons policiers du bureau du Proc - et je ne parle pas de nous, pardi, je sais même pas ce que vous avez pu réellement faire pour atterrir chez nous, mais... vous êtes bien tombée, pou' su' - ou si son département médico-légal l'avait envoyé dans un autre état pour finir sa formation, il aurait pu finir comme ces gars de votre série fétiche là, les Experts...
- Je l'aime bien cette série, commenta Marty. Bien plus réaliste que Deux Flics à Miami ou Boomtown. Qui a envie d'un muffin ? Il y en a, dans l'arrière cuisine."
Il se trouva que tous en voulait et le récit fut suspendu jusqu'à ce que Marty revienne avec les muffins et un rouleau de soppalain. Lorsque chacun d'eux eut son gâteau et sa serviette en papier improvisée pour ne pas mettre de miettes partout, Steven demanda à Marty de reprendre la narration. "Parce que je commence à faire mon sermon et qu'à ce train là, je vais vous retenir jusqu'à la nuit.
- Je trouve que tu t'en tirais bien" commenta Marty
Steven porta sa main osseuse à sa poitrine, plus osseuse encore. "Appelez les secours, Amélia, mon coeur vient de s'arrêter !
- Ce ne sera pas aussi drôle le jour où se serra pour de vrai, répliqua Marty.
- Regardez le qui crache des miettes tous azimuts. A un bout de sa vie on bave, et à l'autre on crachote, comme disait la Mère. Continue l'histoire, Marty. Mais fais-nous une faveur à tous : avale d'abord. Merci."
Marty s'exécuta, et fit passer sa dernière bouchée avec une gorgée de Coca. Amélia espérait que son système digestif pourrait supporter les challenges de ce genre quand elle aurait leur âge.
"Bien, fit ce dernier, on ne s'est même pas donné la peine de mettre un cordon de sécurité sur la plage, parce que ça n'aurait fait qu'attirer les curieux comme une bouse de vache les mouches, vous voyez, mais ça n'a pas empêché ces deux andouilles du bureau du Procureur de le faire. J'ai demandé à l'un d'eux pourquoi il se donnait ce mal, et il m'a dévisagé comme si j'étais l'idiot du village en plein délire. "Eh bien parce que c'est le lieu du Crime, pas vrai ?", il a dit. "Pt'et ben qu'oui, Pt'et ben que non, je lui ai répondu, mais une fois le cadavre débarrassé, vous croyez vraiment que la petite brise qui s'est levée entre-temps vous aura laisser des preuves à ramasser ?". Mais ils ont insisté, et je dois avouer que ça a fait une belle photo en première page de notre feuille de choux locale, pas vrai, Steven ?
- Oui, une belle photo avec un ruban marqué "Police - lieu du crime" ça fait toujours vendre" confirma Steven, dont la moitié du muffin avait déjà disparu, et Amélie ne voyait pas la moindre miette sur la serviette en papier.
Marty reprit la parole : "Pooter était présent lorsque le médecin légiste du comté, le docteur Brightman, a jeté un oeil au corps : la main avec les traces de sable, celle dans le sable, puis l'intérieur de la bouche, mais quand le corbillard des pompes funèbres de la ville a fini par arriver, les deux policiers se sont rendu compte qu'il était toujours là et qu'il était peut être en train de faire une expérience dangereuse, comme apprendre des choses, et par lui-même, qui plus est. Comme il était hors de question qu'ils laissent faire ça, ils l'ont envoyé chercher des cafés, des beignets et des viennoiseries pour eux, Brightman, son assistant, et les deux types des pompes funèbres qui venaient juste de montrer le bout de leurs nez.
> Pooter n'avait pas la moindre idée de l'endroit où il pouvait aller, à ce moment là, et comme je me trouvais du mauvais côté du ruban, je l'ai emmené chez Julia - c'est une pâtisserie. Ca nous a pris une heure, peut être un poil plus, pour l'essentiel à rouler en voiture, et, en tâtant le terrain, je me suis fait une bonne idée d'où était rendu ce pauvre jeune homme. A sa décharge, je dois avouer qu'il s'est montré tout ce qu'il y a de plus discret. A aucun moment il n'a sorti le discours du gars diplômé qui se la pête, il m'a seulement dit qu'il n'apprenait pas autant qu'il l'avait espéré, et qu'avec le genre de tâches qui lui étaient confiées, ça n'allait pas s'arranger, surtout pendant que Brightman faisait son examen in situ, je voyais bien où il voulait en venir.
> Et quand nous sommes revenu, l'examen, bien sûr, était terminé depuis longtemps. Le corps emballé dans son sac à fermeture éclair noir. Ca n'a pas empêché l'un des flicaillons - un grand type genre armoire à glace du nom d'O'Hara - de passer un savon à Pooter : "Comment ça se fait qu't'a mis tout ce temps ? On se les pèle ici" et patati et patata, toute une litanie.
> Pooter a fait bonne figure - ne pas se plaindre, ne pas se justifier, on a du bien l'éduquer, moi je vous dis - alors je suis intervenu pour dire qu'on avait fait l'aller-retour aussi vite que possible. J'ai dit "Vous n'auriez pas voulu qu'on fasse un excès de vitesse quand même, messieurs ?" espérant détendre un peu l'atmosphère par un trait d'humour, vous voyez. Mais un ange est passé, le doute a plané et pas une ébauche de sourire sur leurs visages. L'autre flic - Il s'appelait Starkutch - a répondu : "On vous a rien demandé à vous ! Vous auriez pas une kermesse à surveiller par hasard ?" Ca, ça a eu le mérite de faire rire son acolyte, mais le pauvre jeune homme censé apprendre la médecine légale et qui au lieu de quoi, apprenait que O'Hara aimait son café avec trois sucres et un nuage de lait, alors que Starkutch le prenait bien serré, lui, il a rougi jusqu'aux oreilles.
> Maintenant, Amélia, un homme n'arrive pas l'âge que j'avais déjà à l'époque sans se faire remonter les bretelles un certain nombre de fois par des abrutis investis d'une petite autorité ; pourtant je me sentais hyper mal pour Pooter, qui était embarrassé non seulement pour lui, mais aussi pour moi. Je le devinais en train de chercher un moyen de s'excuser, mais avant qu'il ait pu le trouver (ou avant que j'ai pu lui dire que ce n'était pas la peine) O'Hara lui a pris des mains le plateau avec les cafés et l'a tendu à Starkutch, puis il m'a arraché les deux sachets de viennoiseries. Après quoi, il a ordonné à Pooter de passer sous le ruban et d'aller chercher le sac contenant les pièces à conviction - les effets personnels de la morte. "Tu n'as qu'à signer la fiche", il a dit à Pooter, comme s'il s'adressait à un demeuré. "Et tu ne laisses personne d'autre ne serait-ce qu'y poser un oeil, avant que je ne te le reprenne. Et t'as pas intérêt à aller farfouiller dedans non plus. T'as bien pigé ?"
> "Oui, m'sieur", a dit Pooter en m'adressant un petit sourire.
> "J'l'ai regardé prendre des mains de l'assistant de Brightman le sac en question, qui ressemblait à ces sacs en papier qu'on nous file pour mettre nos courses. Je l'ai vu sortir la fiche de l'enveloppe transparente située sur le devant du sac, et...
Vous savez à quoi sert cette fiche, Amélia ?
- Je crois que oui, fit-elle. Est-ce que le but n'est pas de répertorier le contenu et qu'en cas de poursuites criminelles, ces objets utilisés comme pièces à conviction, puissent être tracés, un peu comme la chaîne du froid. L'Etat s'assure qu'il n'y a pas de rupture et donc de compromissions des preuves éventuelles ?
- Joliment dit, commenta Steven. Vous devriez devenir policier.
- Très drôle, fit Amélia.
- Oui, m'zelle, c'est tout notre Steven, un authentique Oscar Wilde, dit Marty. Du moins quand il ne joue pas son Oscar Tête de Lard. Quoi qu'il en soit, le jeune Pooter a signé la fiche, et je l'ai vu la remettre sur le devant du sac. Puis il s'est retourné pour regarder les deux hommes des pompes funèbres embarquer le corps dans le fourgon funéraire. Steven était déjà revenu au poste pour remplir la paperasserie... C'est à ce moment là que j'ai décidé de partir aussi.
> Toujours est-il que c'est la dernière fois que j'ai vu Harry Pooter, debout là à regarder deux baraqués hisser un cadavre dans un corbillard. Mais il se trouve que je sais que Pooter a désobéi aux ordres de O'Hara, à son interdiction de regarder le contenu du sac. Car il m'a téléphoné presque un an et demi plus tard. Entre-temps son rêve médico-légal s'était évanoui en fumées et il était retourné sur les bancs universitaires pour devenir avocat. Pour le meilleur ou le pire, ce changement de direction est à imputer directement aux agents O'Hara et Starkutch, mais c'est bien Harry Pooter qui a rebaptisé le cadavre inconnu de Black Eagle "La Fille de Buffalo", et qui nous a finalement permis de l'identifier.
- Et c'est nous qui avons pu retrouver sa trace, ajouta Steven. En grande partie parce que Marty a offert un beignet à ce jeune homme, et qu'il lui a donné ce que l'argent ne peut acheter : une oreille attentive et un peu de compassion.
- Oh, c'est faire beaucoup de bruit pour pas grand chose, commenta Marty en se tortillant un peu sur sa chaise. Je n'ai pas passé tellement plus d'une heure avec lui, le temps d'aller chercher ces foutus cafés et pâtisseries.
- Parfois ça peut suffire, confirma Amélia.
- Pou' su', parfois ça peut suffire, et ce n'est pas un mal, fit Marty. D'après vous, combien de temps faut-il pour s'étouffer sur un morceau de barbaque, et en mourir ?
Aucun d'eux n'avait de réponse à donner.
Sur le lac, un bateau fit sonner sa corne de brume d'un air important.
A suivre...
vers le chapitre 7
- Vous rêvez là ! Plutôt crever la bouche ouverte comme un poisson noyé de pétrole ! s'exclama-t-elle, les yeux flamboyant, remarquant à peine leur sourire satisfait. La partie "cause de la mort", peut-être, mais... au fait, c'était quoi finalement ? Au fond du gosier ? Ou bien vais-je un peu trop vite en besogne ?
- Ma chère, on ne peut pas mettre la charrue avant les boeufs, quand il n'y a même pas de charrue, répliqua Steven, dont les yeux flamboyaient tout autant. Inspectez dans tous les coins, devant, derrière, sur les côtés. Je répondrai à toutes vos interrogations. Marty fera de même je suis sûr."
Comme pour prouver sa bonne volonté, l'adjoint du sheriff dit : "C'était un morceau de boeuf, du steak probablement - de bonne qualité en plus, filet ou aloyau. Il était saignant, et la cause du décès qui fut reportée sur le certificat indiquait asphyxie due à un étouffement, bien que celle que l'on désigne toujours comme la Fille de Buffalo - surnom donné par les journalistes - fut aussi victime d'une ambolie cérébrale massive, une attaque. Bones a décidé que c'était l'étouffement qui avait conduit à l'attaque, mais après tout, c'est peut être l'inverse qui s'est produit. Alors vous voyez, même la cause de la mort n'est pas certaine, quand on y regarde à deux fois.
- Il y a au moins une histoire derrière tout ça - une petite - et je m'en vais vous la raconter de ce pas, dit Steven. C'est l'histoire d'un gars, qui était un peu comme vous, Amélia, même s'il me plaît de penser que vous êtes bien plus douée que lui... mais je digresse, il était jeune ce gars - vingt-cinq ans je crois - et comme vous il n'était pas du coin et il faisait un stage de fin d'études, dans le domaine de la médecine légale.
- Alors il travaillait avec Brightman, le docteur légiste du comté, et il a découvert quelque chose."
Steven eu un large sourire. "Plutôt logique comme raisonnement ma chère, mais non, ce n'était pas le cas. Il s'appelait... comment déjà Marty ?"
Marty Fellow, dont la mémoire était aussi vive que Lucky Luke tirait plus vite que son ombre, n'hésita pas une seconde et répondit : "Pooter. Harry Pooter.
- C'est ça, je me souviens maintenant que tu le dis. Ce jeune homme, Pooter était assigné pour trois mois de travail avec un duo de policiers au service du procureur général. Sauf que contrairement à vous, il n'était pas aussi bien tombé. Condamné aurait été un terme plus adéquat à sa condition. Ils l'ont très mal traité." Une ombre passa dans le regard de Steven. "Les vieux maltraitent souvent la jeunesse, alors que les trois-quarts du temps, tout ce que demande ceux-ci, c'est d'apprendre. Franchement, ces vieux là, on devrait les mettre au rancard vite fait bien fait. Mais au lieu de ça, le plus souvent, ils reçoivent des promotions ou sont décorés. Bref, ce jeunot a passé quatre ans dans une université à Omaha, à apprendre les sciences qui aident à attraper les méchants. Et juste comme il terminait et aller percer, il a tiré le gros lot au loto, en atterrissant au près de deux énergumènes qui l'ont transformé en coursier ou en "éloigneur de curieux" au bord de la route. Oh, peut être à la rigueur, parfois, ils lui laissaient prendre une photo ou une mesure d'empreinte. Mais si rarement, si rarement.
>Quoiqu'il en soit, Amélia, ces deux magnifiques spécimens chasseurs de criminels - et j'espère sincèrement que eux sont à la retraite depuis un bail - se trouvaient au Coyote à Trois Pattes au moment précis où le cadavre de la Fille de Buffalo est apparu sur la plage de Black Eagle. Ils enquêtaient sur la disparition d'un courtier en assurances suite à des incendies "d'origine suspecte", comme on disait dans le jargon déjà à l'époque. Leur stagiaire était avec eux, en train de perdre tout idéalisme.
> S'il était tombé sur une équipe de bons policiers du bureau du Proc - et je ne parle pas de nous, pardi, je sais même pas ce que vous avez pu réellement faire pour atterrir chez nous, mais... vous êtes bien tombée, pou' su' - ou si son département médico-légal l'avait envoyé dans un autre état pour finir sa formation, il aurait pu finir comme ces gars de votre série fétiche là, les Experts...
- Je l'aime bien cette série, commenta Marty. Bien plus réaliste que Deux Flics à Miami ou Boomtown. Qui a envie d'un muffin ? Il y en a, dans l'arrière cuisine."
Il se trouva que tous en voulait et le récit fut suspendu jusqu'à ce que Marty revienne avec les muffins et un rouleau de soppalain. Lorsque chacun d'eux eut son gâteau et sa serviette en papier improvisée pour ne pas mettre de miettes partout, Steven demanda à Marty de reprendre la narration. "Parce que je commence à faire mon sermon et qu'à ce train là, je vais vous retenir jusqu'à la nuit.
- Je trouve que tu t'en tirais bien" commenta Marty
Steven porta sa main osseuse à sa poitrine, plus osseuse encore. "Appelez les secours, Amélia, mon coeur vient de s'arrêter !
- Ce ne sera pas aussi drôle le jour où se serra pour de vrai, répliqua Marty.
- Regardez le qui crache des miettes tous azimuts. A un bout de sa vie on bave, et à l'autre on crachote, comme disait la Mère. Continue l'histoire, Marty. Mais fais-nous une faveur à tous : avale d'abord. Merci."
Marty s'exécuta, et fit passer sa dernière bouchée avec une gorgée de Coca. Amélia espérait que son système digestif pourrait supporter les challenges de ce genre quand elle aurait leur âge.
"Bien, fit ce dernier, on ne s'est même pas donné la peine de mettre un cordon de sécurité sur la plage, parce que ça n'aurait fait qu'attirer les curieux comme une bouse de vache les mouches, vous voyez, mais ça n'a pas empêché ces deux andouilles du bureau du Procureur de le faire. J'ai demandé à l'un d'eux pourquoi il se donnait ce mal, et il m'a dévisagé comme si j'étais l'idiot du village en plein délire. "Eh bien parce que c'est le lieu du Crime, pas vrai ?", il a dit. "Pt'et ben qu'oui, Pt'et ben que non, je lui ai répondu, mais une fois le cadavre débarrassé, vous croyez vraiment que la petite brise qui s'est levée entre-temps vous aura laisser des preuves à ramasser ?". Mais ils ont insisté, et je dois avouer que ça a fait une belle photo en première page de notre feuille de choux locale, pas vrai, Steven ?
- Oui, une belle photo avec un ruban marqué "Police - lieu du crime" ça fait toujours vendre" confirma Steven, dont la moitié du muffin avait déjà disparu, et Amélie ne voyait pas la moindre miette sur la serviette en papier.
Marty reprit la parole : "Pooter était présent lorsque le médecin légiste du comté, le docteur Brightman, a jeté un oeil au corps : la main avec les traces de sable, celle dans le sable, puis l'intérieur de la bouche, mais quand le corbillard des pompes funèbres de la ville a fini par arriver, les deux policiers se sont rendu compte qu'il était toujours là et qu'il était peut être en train de faire une expérience dangereuse, comme apprendre des choses, et par lui-même, qui plus est. Comme il était hors de question qu'ils laissent faire ça, ils l'ont envoyé chercher des cafés, des beignets et des viennoiseries pour eux, Brightman, son assistant, et les deux types des pompes funèbres qui venaient juste de montrer le bout de leurs nez.
> Pooter n'avait pas la moindre idée de l'endroit où il pouvait aller, à ce moment là, et comme je me trouvais du mauvais côté du ruban, je l'ai emmené chez Julia - c'est une pâtisserie. Ca nous a pris une heure, peut être un poil plus, pour l'essentiel à rouler en voiture, et, en tâtant le terrain, je me suis fait une bonne idée d'où était rendu ce pauvre jeune homme. A sa décharge, je dois avouer qu'il s'est montré tout ce qu'il y a de plus discret. A aucun moment il n'a sorti le discours du gars diplômé qui se la pête, il m'a seulement dit qu'il n'apprenait pas autant qu'il l'avait espéré, et qu'avec le genre de tâches qui lui étaient confiées, ça n'allait pas s'arranger, surtout pendant que Brightman faisait son examen in situ, je voyais bien où il voulait en venir.
> Et quand nous sommes revenu, l'examen, bien sûr, était terminé depuis longtemps. Le corps emballé dans son sac à fermeture éclair noir. Ca n'a pas empêché l'un des flicaillons - un grand type genre armoire à glace du nom d'O'Hara - de passer un savon à Pooter : "Comment ça se fait qu't'a mis tout ce temps ? On se les pèle ici" et patati et patata, toute une litanie.
> Pooter a fait bonne figure - ne pas se plaindre, ne pas se justifier, on a du bien l'éduquer, moi je vous dis - alors je suis intervenu pour dire qu'on avait fait l'aller-retour aussi vite que possible. J'ai dit "Vous n'auriez pas voulu qu'on fasse un excès de vitesse quand même, messieurs ?" espérant détendre un peu l'atmosphère par un trait d'humour, vous voyez. Mais un ange est passé, le doute a plané et pas une ébauche de sourire sur leurs visages. L'autre flic - Il s'appelait Starkutch - a répondu : "On vous a rien demandé à vous ! Vous auriez pas une kermesse à surveiller par hasard ?" Ca, ça a eu le mérite de faire rire son acolyte, mais le pauvre jeune homme censé apprendre la médecine légale et qui au lieu de quoi, apprenait que O'Hara aimait son café avec trois sucres et un nuage de lait, alors que Starkutch le prenait bien serré, lui, il a rougi jusqu'aux oreilles.
> Maintenant, Amélia, un homme n'arrive pas l'âge que j'avais déjà à l'époque sans se faire remonter les bretelles un certain nombre de fois par des abrutis investis d'une petite autorité ; pourtant je me sentais hyper mal pour Pooter, qui était embarrassé non seulement pour lui, mais aussi pour moi. Je le devinais en train de chercher un moyen de s'excuser, mais avant qu'il ait pu le trouver (ou avant que j'ai pu lui dire que ce n'était pas la peine) O'Hara lui a pris des mains le plateau avec les cafés et l'a tendu à Starkutch, puis il m'a arraché les deux sachets de viennoiseries. Après quoi, il a ordonné à Pooter de passer sous le ruban et d'aller chercher le sac contenant les pièces à conviction - les effets personnels de la morte. "Tu n'as qu'à signer la fiche", il a dit à Pooter, comme s'il s'adressait à un demeuré. "Et tu ne laisses personne d'autre ne serait-ce qu'y poser un oeil, avant que je ne te le reprenne. Et t'as pas intérêt à aller farfouiller dedans non plus. T'as bien pigé ?"
> "Oui, m'sieur", a dit Pooter en m'adressant un petit sourire.
> "J'l'ai regardé prendre des mains de l'assistant de Brightman le sac en question, qui ressemblait à ces sacs en papier qu'on nous file pour mettre nos courses. Je l'ai vu sortir la fiche de l'enveloppe transparente située sur le devant du sac, et...
Vous savez à quoi sert cette fiche, Amélia ?
- Je crois que oui, fit-elle. Est-ce que le but n'est pas de répertorier le contenu et qu'en cas de poursuites criminelles, ces objets utilisés comme pièces à conviction, puissent être tracés, un peu comme la chaîne du froid. L'Etat s'assure qu'il n'y a pas de rupture et donc de compromissions des preuves éventuelles ?
- Joliment dit, commenta Steven. Vous devriez devenir policier.
- Très drôle, fit Amélia.
- Oui, m'zelle, c'est tout notre Steven, un authentique Oscar Wilde, dit Marty. Du moins quand il ne joue pas son Oscar Tête de Lard. Quoi qu'il en soit, le jeune Pooter a signé la fiche, et je l'ai vu la remettre sur le devant du sac. Puis il s'est retourné pour regarder les deux hommes des pompes funèbres embarquer le corps dans le fourgon funéraire. Steven était déjà revenu au poste pour remplir la paperasserie... C'est à ce moment là que j'ai décidé de partir aussi.
> Toujours est-il que c'est la dernière fois que j'ai vu Harry Pooter, debout là à regarder deux baraqués hisser un cadavre dans un corbillard. Mais il se trouve que je sais que Pooter a désobéi aux ordres de O'Hara, à son interdiction de regarder le contenu du sac. Car il m'a téléphoné presque un an et demi plus tard. Entre-temps son rêve médico-légal s'était évanoui en fumées et il était retourné sur les bancs universitaires pour devenir avocat. Pour le meilleur ou le pire, ce changement de direction est à imputer directement aux agents O'Hara et Starkutch, mais c'est bien Harry Pooter qui a rebaptisé le cadavre inconnu de Black Eagle "La Fille de Buffalo", et qui nous a finalement permis de l'identifier.
- Et c'est nous qui avons pu retrouver sa trace, ajouta Steven. En grande partie parce que Marty a offert un beignet à ce jeune homme, et qu'il lui a donné ce que l'argent ne peut acheter : une oreille attentive et un peu de compassion.
- Oh, c'est faire beaucoup de bruit pour pas grand chose, commenta Marty en se tortillant un peu sur sa chaise. Je n'ai pas passé tellement plus d'une heure avec lui, le temps d'aller chercher ces foutus cafés et pâtisseries.
- Parfois ça peut suffire, confirma Amélia.
- Pou' su', parfois ça peut suffire, et ce n'est pas un mal, fit Marty. D'après vous, combien de temps faut-il pour s'étouffer sur un morceau de barbaque, et en mourir ?
Aucun d'eux n'avait de réponse à donner.
Sur le lac, un bateau fit sonner sa corne de brume d'un air important.
A suivre...
vers le chapitre 7
par Cassandre
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