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Citations

"Happiness always looks small while you hold it in your hands, but let it go, and you learn at once how big and precious it is. "  - Maksim Gorky

"Si nous voulons construire une amitié durable, nous devons aimer nos amis pour eux et non pour nous." - Charlotte Brontë


"Every man is the architect of his own  life. He builds it just the way he  wants it. However,  after he  has built  what he  wants, he  sometimes decides that he doesn't like  what he  has built  and looks  for someone  or something  to blame instead of changing himself." - Sidney Madwed

"L'imagination porte bien plus loin que la vue." - Baltasar Gracian Y Morales


"La connaissance a de commun avec la  bêtise qu'elle n'a pas de limites. Il  est commun que les limites de nos connaissances sont des bêtises. Les limites de nos bêtises sont nos connaissances communes. La connaisance de nos limites met à  nu nos bêtises communes. C'est une  bêtise d'arrêter nos connaissances aux  limites de nos bêtises communes."





A mes visiteurs...

Je vous souhaite la bienvenue sur ce modeste Journal, intime parfois (qui a dit souvent, là bas au fond ??!! ;-) ), réactif souvent, photographique le lundi, "littéraire" le mercredi, à propos du Japon (pays que j'aime beaucoup) le samedi et aussi humouristique, du moins je l'espère !

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Mercredi 11 avril 2007
Chapitres précédents :


 
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Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7 Chapitre 8
Chapitre 9 Chapitre 10
Chapitre 11 Chapitre 12
Chapitre 13 Chapitre 14
   




"Vous pensez qu'elle a été assassinée ?"

Voilà ce qu'elle avait vraiment envie de savoir. Ils lui avaient demandé de mettre cette idée de côté, et c'est ce qu'elle avait fait, mais à présent la discussion au sujet de la Fille de Buffalo était presque terminée, et elle se disait qu'ils la laisseraient ramener le sujet sur le tapi.

"Pourquoi cela vous paraît-il plus plausible qu'une mort naturelle, compte tenu de tout ce que nous avons racnnté ? demanda Marty, l'air véritablement curieux.
- A cause des cigarettes. Cette histoire de cigarettes, c'est forcément intentionnel de sa part. Elle s'est juste dit que ça ne prendrait pas vingt mois, avant que quelqu'un s'interroge sur ce tampon du Michigan. Queen pensait qu'une femme retrouvée morte sur une plage sans aucun papier d'identité susciterait une enquête un peu plus poussée.
- Oui", confirma Steven. Il parlait à voix basse, mais il n'en serra pas moins le poing et se mit à le secouer, comme un fan de rugby qui vient de voir un joueur faire une passe magistrale ou frapper un grand coup. "Vous êtes douée, jeune demoiselle. Beau boulot."

Bien qu'elle n'eût que vingt ans, il y avait des gens venant de qui elle l'aurait mal pris, de se faire appeler "jeune demoiselle". Ce vieil homme de quatre-vingt ans, avec ses fins cheveux blancs et ces yeux d'un vert extrémement clair et perçant ne faisait pas partie de ces gens-là. La vérité, c'est qu'elle rougit de plaisir.

"Elle ne pouvait pas deviner qu'elle allait hériter de deux têtes de cons comme O'Hara et Starkutch, pour prendre les reines de notre enquête sur sa mort, expliqua Marty. Elle ne savait pas que tout dépendrait d'un jeune étudiant en stage qui venait de passer les deux derniers mois à classer des dossiers et à aller chercher le café, sans parler de deux vieux types en charge d'un tout petit poste de sheriff...
- Elle a fait ce qu'il fallait, dit Amélia. Au final, elle a fait ce qu'il fallait." Puis, repensant à cet homme et à son bébé (qui devait aujourd'hui approcher la trentaine) : "Et lui aussi, en fait. Sans Harry Pooter et sans vous deux, Brian Queen n'aurait jamais perçu l'argent de l'assurance.
- Il y a du vrai là-dedans", dut bien admettre Steven.

Elle eut plaisir à constater qu'il y avait dans cette vérité quelque chose qui le mettait mal à l'aise. Pas le fait d'avoir bien agi, pensait-elle, mais le fait que quelqu'un sache qu'il avait bien agi. Ils avaient Internet, dans le coin ; les petites paraboles satelites fleurissaient sur presque tous les toits comme des arbres bourgeonnent à l'approche du printemps, et plus personne ne se déplaçait maintenant sans GPS. Et pourtant, les vieux principes calvinistes avaient toujours cours. Que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche.

"Que s'est-il réellement passé, d'après vous ? demanda-t-elle.
- Non, Amélia, fit Steven d'un ton doux mais ferme. Vous espérez toujours vois surgir un Sherlock Holmes avec sa loupe, bras dessus bras dessous avec Miss Marple. Si nous savions ce qui s'est réellement passé, si nous en avions la moindre idée, nous nous serions accrochés à cette idée jusqu'à épuisement. Et au diable ces deux abrutis de flicaillons, nous aurions tout balancé et révélé le fin mot de l'histoire. On n'était peut être que de petits flics de banlieue, en 1982, et  aujourd'hui, non seulement de petits mais vieux flics, nous ne sommes pas pour autant mort. Pour ma part j'aime toujours beaucoup l'idée d'arrêter les malfrats.
- Moi aussi ", renchérit Marty.

Il s'était levé, probablement dans l'idée de factures, mais il choisit finalement de se rassoir sur un coin de bureau, et se mit à balancer sa jambe épaisse en arrière.

"J'ai toujours rêver qu'on se dégotte une enquête qui fasse le tour du pays, et j'emporterai sans doute ce rêve dans la tombe. Continue, Steven, dis-lui tout ce que tu penses. Elle saura garder ça pour elle. Elle est des nôtres, désormais."

Amélia en frissonna presque de plaisir, mais Steven Seagull n'eut pas l'air de le remarquer. Il se pencha en avant, plantant ses yeux d'un vert clair dans le regard azur de la jeune fille.

"Très bien. J'ai commencé à me dire qu'il y avait peut être quelque chose de bizarre dans sa mort et dans sa venue ici bien avant cette histoire de timbre. J'ai commencé à me poser des questions en apprenant qu'elle avait sur elle un paquet de cigarettes dans lequel il n'en manquait qu'une, alors qu'elle était sur l'île depuis plus de six heures. J'ai fait le vrai casse-pieds, chez le buraliste, à Bayview." Ce souvenir le fit sourire. "J'ai montré la photo de Julia Queen à tout le monde, dans cette fichue boutique, y compris au petit gars qui passait le balai. J'étais persuadé qu'elle avait acheté son paquet là, à moins de l'avoir pris dans un distributeur automatique, au motel California ou peut-être à la station service de Luna. D'après ce que je m'imaginais, elle avait dû finir son paquet à elle pendant sa balade à Buffalo, après être descendue du train, puis s'en être acheté un neuf. Et je me suis aussi dit que, si elle l'avait acheté chez Bayview, ce devait être peu avant vingt-deux heures, qui est l'heure de ferrmeture de la boutique. Ce qui expliquerait pourquoi elle n'aurait fumé qu'une seule cigarette de ce paquet avant sa mort.
- Et c'est alors que vous avez découvert qu'elle ne fumait pas, suggéra Amélia.
- C'est exact. C'est ce qu'a dit son mari, et Brightman l'a confirmé. Alors plus tard, il est devenu évident pour moi que ce paquet de cigarette contenait un message : je viens du Michigan, recherchez-moi là-bas.
- Nous ne pourrons jamais en être certains, mais nous pensons tous les deux que c'est ce qui s'est passé, dit Marty.
- Doux Jésus, dit-elle, presque dans un souffle. Et tout ça vous mène où ?"

Une fois encore ils se regardèrent et haussèrent les épaules de conserve. "Au pays des ombres et du clair de lune, dit Steven. Un pays où n'ira jamais aucun flic doté d'un peu de cervelle. Mais il y a quelques petites choses dont je suis certain, au fond de mon coeur. Voulez-vous les entendre ?
- Oui !"

Steven se mit à parler lentement mais avec détermination, comme un homme qui avance à tâtons dans un couloir sombre dans lequel il s'est engagé de nombreuses fois. "Elle s'est rendue compte que la situation était désespérée, et elle savait aussi qu'il y avait de grandes chances qu'on ne l'identifie jamais, si elle mourait. Et elle ne voulait pas que ça arrive, très probablement parce qu'elle s'inquiétait de laisser son mari sur la paille.
- Alors elle a acheté ces cigarettes, espérant qu'elles passeraient inaperçues" dit Amélia.
Steven hocha la tête. "Pour sûr, et elles sont passées inaperçues.
- Mais passées inaperçues aux yeux de qui ?"

Steven s'interrompit un moment, puis poursuivit, sans répondre à sa question. "Elle a pris cet ascenseur et elle s'est retrouvée dans le hall de l'immeuble. Une voiture l'attendait pour l'emmener à l'aéroport de Detroit, juste au pied du building, ou au coin de la rue. Il n'y avait peut-être qu'elle et le chauffeur dans cette voiture, ou peut-être quelqu'un d'autre aussi. Nous ne le saurons jamais. Vous m'avez demandé tout à l'heure si Queen portait son manteau, en partant ce matin-là, et je vous ai répondu que Jordan le Dessinateur ne s'en souvenait pas, mais Brian a dit quant à lui qu'il n'avait jamais plus revu ce manteau depuis, alors peut être qu'elle le portait bien, avec ça. Dans ce cas, je pense qu'elle l'a retiré dans la voiture, ou dans l'avion.
- Dans la voiture ou dans l'avion.
- Pou' su', fit Marty.
- Et les cigarettes ?
- Je ne peux rien affirmer, mais si je devais parrier, alors je parierais qu'elle les avait déjà sur elle, fit Marty. Elle savait ce qui allait arriver... quoi que ce fût. Elle devait les avoir dans la poche de son pantalon, je pense.
- Puis, plus tard, sur la plage..."

Elle s'imagina Julia Queen, l'image antérieure qu'elle avait de la Fille de Buffalo, allumer la première cigarette de sa vie - la première et la dernière - puis s'approcher du bord de l'eau avec, là sur Black Eagle, seule sous le clair de lune. Le clair de lune de minuit. Elle tire une bouffée de cette fumée âcre dont elle n'a pas l'habitude. Peut-être même deux. Puis elle lance la cigarette dans le lac. Et ensuite... quoi ?

Quoi ?

"L'avion l'a déposée à Lincol, s'entendit-elle prononcer d'une voix qui lui parut rude et méconnaissable.
- Pour sûr, acquiesça Marty.
- Et sa petite balade l'a ensuite mené de Lincoln à Buffalo.
- Pour sûr. (C'était Steven.)
- Elle a mangé son fish and chips.
- Exact, acquiesça Steven. L'autopsie le prouve. Et mon nez aussi. J'ai senti l'odeur de vinaigre.
- Son portefeuille a disparu, à ce moment là ?
- On en sait rien, dit Marty. On ne le saura jamais. Mais c'est ce que je crois. Je pense qu'elle l'a abandonné avec son manteau, son foulard et sa vie normale. Et je pense que ce qu'elle a reçu en échange, une veste de tailleur légère, qu'elle a elle aussi abandonnée un peu plus tard.
- Ou qu'on a retiré de son cadavre", suggéra Steven.

Amélia frissonna. Elle ne put s'en empêcher. "Elle est arrivée du côté de Black Eagle vers dix-neuf heures et n'avait plus ni portefeuille, ni veste, rien que dix dollars en billets ainsi que de la petite monnaie comprenant peut être une pièce russe de dix roubles. Vous pensez que cette pièce pourrait être... Oh, je ne sais pas... une sorte d'indice, comme dans les romans policiers ? Je veux dire, la Guerre Froide était encore d'actualité à l'époque, non ?
- Elle battait son plein, confirma Steven. Mais, Amélia - si vous deviez marchander avec un agent secret russe, est-ce que vous utiliseriez un rouble pour montrer carte blanche ?
- Non, admit-elle. Mais pour quelle autre raison l'aurait-elle eue sur elle ? Pour la montrer à quelqu'un, c'est la seule chose qui me vienne à l'esprit.
- J'ai toujours eu l'intuition que quelqu'un la lui avait donnée, glissa Marty. Peut être en même temps qu'un morceau de viande froide, enveloppé dans du papier d'aluminium.
- Mais pourquoi ? demanda-t-elle. Pour quoi faire ?
- Je n'en sais rien, répondit Marty en secouant la tête.
- A-t-on retrouvé du papier d'aluminium, sur les lieux ? Peut être dans les hautes herbes, en bord de plage ?
- O'Hara et Starkutch n'ont pas cherché, voilà qui est certain. Steven et moi on est allés fouinner sur Black Eagle une fois qu'ils sont partis - on ne cherchait pas forcément du papier d'aluminium, vous voyez, mais n'importe quoi. On n'a rien trouvé d'autre que les déchets habituels - les papiers de bonbons, ce genre de choses.
- Si la viande était dans du papier d'aluminium ou dans un petit sachet en papier, la Fille aurait très bien pu le jeter dans l'eau avec sa cigarette, dit Steven.
- Pour ce morceau de viande, coincé dans sa gorge..."

Un petit sourire se dessinait sur les lèvres de Steven. "J'ai longuement discuté de ce morceau de bifteck avec les docteurs Bones et Brightman, et à plusieurs reprises. Marty était là, une fois ou deux. Je me rappelle qu'une fois, Brightman m'a dit - ça devait être un mois à peine avant l'ambolie cérébrale qui l'a emporté, il y a de ça sept ou huit ans -, il m'a dit : "Vous revenez sur cette vieille histoire comme un gamin qui vient de perdre une et va titiller le trou avec sa langue." Et je me suis dit : ouaip, c'est exactement ça. C'est comme un trou dans lequel je ne peux pas m'empêcher d'aller farfouiller, pour en trouver le fond.
> La première chose que j'aie cherché à savoir, c'est si ce morceau de viande avait pu lui être fourré dans la gorge de force, avec les doigts ou avec un instrument de genre pique à homard, après sa mort. Et ça vous a traversé l'esprit à vous aussi, n'est-ce pas ?"

Amélia acquiesça.

"Il a répondu que c'était certes possible, mais peu probable, parce que le morceau de bifteck avait non seulement été maché, mais suffisamment mâché pour être avalé. Il ne s'agissait plus du tout de viande, mais de ce que Brightman appelait une "masse pulpeuse organique". Quelqu'un aurait pu la mâcher à ce point, mais n'aurait certainement pas choisi de la lui enfoncer dans la gorge après ça, par peur que ça paraisse insuffisant pour avoir causé la mort. Vous me suivez ?"

Une nouvelle fois, elle hocha la tête.

"Il a aussi dit que la viande réduite à cet état était difficile à manipuler avec un instrument quelconque, qu'elle aurait eu tendance à se défaire, en passant du fond de la bouche à la gorge. Avec les doigts éventuellement, mais Brightman disait qu'il en aurait vu les traces, ne serait-ce qu'une tension dans les ligatures de la machoire. " Il s'interrompit, eut l'air de réflechir, puis secoua la tête. "Il existe un terme technique pour ce genre de manipulation, avec la mâchoire, mais je l'ai oublié.
- Dis lui ce que Bones t'a dit, l'exhorta Marty, les yeux brillants. Ca n'a rien donné, pour finir, mais c'était quand même bigrement intéressant.
- Elle a dit qu'il existait des décontractants musculaires, dont certains assez exostiques, et qu'on avait pu en mettre dans l'en-cas nocturne de Julia Queen. Elle a pu avaler les premières bouchées sans problème, d'après ce qu'on a récupéré dans son estomac, et se retrouver subitement avec une bouchée déjà mâchée, et dans l'incapacité de l'avaler.
- C'est sûrement ça ! s'exclama Amélia. Celui qui a piégé la viande est resté assis là à la regarder s'étouffer ! Puis, une fois Queen morte, le meurtrier l'a appuyée contre la poubelle, et il a emporté le reste de bifteck pour qu'on ne puisse pas l'analyser ! Ca n'a jamais été une mouette !" Elle s'interrompit et les fixa du regard. "Pourquoi est-ce que vous secouez la tête comme ça ?
- L'autopsie, très chère, fit Steven. Rien de tel n'est apparu dans la chromatographie des gaz du sang.
- Mais si c'était quelque chose d'assez exotique...
- Comme dans une énigme d'Agatha Christie ? lança Steven, avec un clin d'oeil et un petit sourire en coin Eh bien... peut être..."

A suivre...




Et la semaine prochaine... dernier chapitre.... !!! =^.^=
par Cassandre publié dans : Textes
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