Mercredi 18 avril 2007
Chapitres précédents :
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Chapitre 16
Et voici, sous vos yeux éblouis (hem ^^") le dernier chapitre de cette impressionnante saga... :)
Et voici, sous vos yeux éblouis (hem ^^") le dernier chapitre de cette impressionnante saga... :)
"... Mais vous oubliez qu'il y avait aussi ce morceau de viande dans sa gorge.
- Oh je vois. Le docteur Brightman a fait les examens n'est-ce pas ?" Ses épaules s'abaissèrent imperceptiblement.
"Pour sûr, confirma Marty. On est peut-être des rats des champs, mais il nous arrive aussi de sortir la tête du trou. Et ce qui se rapprochait le plus du poison sur cette bouchée de viande, c'est une pincée de sel."
Elle resta silencieuse un moment. Puis, à voix très basse : "C'était peut être le genre de truc qui disparaît ?
- Pour sûr, railla Marty,en faisant tourner sa langue à l'intérieur de sa joue. Comme les Feux Follets, au bout d'une heure ou deux.
- Ou comme l'équipage de l'Anne-Marie Celeste, renchérit Steven.
- Et à sa descente du train, vous ne savez pas où elle est allée ?
- Non, m'dame, répondit Steven. Presque trente ans qu'on retourne ça dans tous les sens, et on n'a jamais trouvé âme qui vive prétendant l'avoir vu, jusqu'à ce que Mary et John la retrouvent, autour de six heures trente du matin, le 24 avril.
Et pour votre information - même si ça n'intéresse plus vraiment personne - je ne pense pas que qui que ce soit lui ait pris des mains le reste de son bifteck, après sa dernière bouchée. Ce que je crois, c'est qu'une mouette est venue le chercher dans sa main morte, comme nous l'avons toujours supposé. Et bon, d'là, il faut vraiment que je file.
- Et moi, que je m'occupe de ces satanées factures, enchaîna Marty. Mais avant tout, une petite pause au fond du jardin me paraît indispensable, ajouta-t-il en se dirigeant vers les toilettes.
- Et moi je suppose qu'il faudrait que je m'attelle a ma petite affaire", dit Amélia. Puis elle s'exclama, mi-riante, mi-sérieuse : "Mais je regrette presque que vous m'ayez raconté, si c'était pour me laisser en plan ! Je vais mettre des semaines à me sortir ça de l'esprit !
- Ca fait presque trente ans, et ça n'est toujours pas sorti du nôtre, fit remarquer Steven. Et au moins maintenant, vous savez pourquoi nous n'avons rien raconté à ce type du Lincoln Review.
- Oui, je sais."
Il sourit en hochant la tête. "Vous allez très bien vous en tirer, Amélia. Très bien."
Il lui serra gentiment l'épaule, puis se dirigea vers la porte, attrapant au passage son bloc-notes sur son bureau encombré et se le fourrant dans la poche arrière de son pantalon. Il avait beau avoir quatre-vingt ans, il marchait toujours avec facilité, l'échine seulement un peu courbée par l'âge. Il portait son uniforme de sheriff parfaitement repassé. Arrivé au milieu de la pièce, il s'immobilisa et se retourna vers elle. Un rayon de lumière attrapa sa chevelure blanche et vaporeuse de bébé et en fit un halo.
"Ce fut un plaisir de vous avoir parmi nous. Je tiens à ce que vous le sachiez.
- Merci."
Elle espéra que sa voix ne trahissait pas combien elle se sentait soudain au bord des larmes.
"C'a été merveilleux. J'étais un peu sceptique au début, mais... mais maintenant j'imagine que c'est bien clair pour vous. C'est un plaisir d'être ici.
- Vous avez pensé à rester ? Je crois que oui.
- Oui. Evidemment que j'y ai pensé."
Il hocha la tête d'un air grave. "Marty et moi en avons parlé. Il serait bon de mettre un peu de sang frais dans l'affaire. Du sang jeune.
- Vous en avez encore pour des années, tous les deux.
- Oh oui", répondit-il avec désinvolture, comme si c'était acquis - et lorsqu'il mourrait six mois plus tard, Amélia resterait assise dans l'église glacée, et elle se dirait : Il savait que l'heure approchait. "Je serai dans le coin encore des années. Mais s'il vous prenait l'envie de rester, nous seront ravis de vous accueillir. Vous n'avez pas à répondre de suite, mais considérez ça comme une proposition.
- Très bien j'y réfléchirai. Et je crois que nous savons tous les deux quelle sera la réponse.
- Parfait, dans ce cas." Il pivota, puis se ravisa et se retourna une dernière fois vers elle. "Les cours sont bientôt finis pour aujourd'hui, mais je peux vous dire encore une petite chose, au sujet de notre affaire. Vous permettez ?
- Bien sûr.
- Il y a des miliers de journaux, et des dizaines de milliers de gens qui écrivent des articles dedans, mais il n'y a que deux types d'histoires. Il y a les histoires neuves, qui en général ne sont pas du tout des histoires, mais simplement des comptes rendus factuels d'événements. Des choses de ce genre n'ont pas besoin d'être des histoires. Les gens choisissent en général un journal pour s'abreuver, pour y trouver leur compte de sang et de larmes, tout comme ils ralentissent pour regarder un accident sur l'autoroute, avant de passer leur chemin. Mais que trouvent-ils à l'intérieur du journal ?
- Des articles, répondit Amélia, en repensant au journaliste et à ses Enigmes non Résolues.
- Pour sûr. Et il y en a, des histoires. Chacune d'entre elles a un début, un milieu et une fin. C'est ce qui en fait de bonnes nouvelles, Amélia, toujours de bonnes nouvelles. Même si l'histoire parle d'une secrétaire de pasteur qui a probablement tué la moitié de la paroisse lors d'un pique-nique parce que son amant l'avait plaquée, ça reste une bonne histoire, et pourquoi ?"
Elle réfléchit un instant.
"Ces histoires là sont de bonnes nouvelles parce qu'il y a une fin, même si la police n'a pu en apporter la preuve formelle.
- C'est exact !" s'écria Steven, aux anges.
Il brandit les bras comme un prêcheur ravi.
"Elles ont une solution ! Un point final ! Mais dans la vie réelle, les choses ont-elles toujours un début, un milieu et une fin, Amélia ? Que vous dit votre expérience ?
- Pour ce qui est de la police et des enquêtes, je n'en ai pas beaucoup. Rien que mes travaux de fac, et puis vous savez, mes petites enquêtes ici.
- Mais votre coeur et votre esprit, que vous disent-ils ?
- Dans la vie en général, ça ne marche pas comme ça."
Elle repensait à un certain jeune homme dont il faudrait s'occuper, si elle décidait de rester dans les parages à l'issue de cette période probatoire... Et ça ne risquait pas d'être joli, joli. Ce serait même sans doute assez moche. Danny n'allait pas prendre la nouvelle très bien, parce que, dans l'esprit de Danny, la suite de l'histoire était quelque peu différente.
"Je n'ai jamais lu d'article qui ne soit pas un mensonge, dit Steven d'une voix douce. Mais en général, on peut faire tenir un mensonge sur une page. Celui-là ne tiendrait jamais. A moins que..."
Il haussa très légèrement les épaules.
Pendant un moment elle ne sut pas ce que ce haussement d'épaule pouvait signifier. Puis elle se remémora une chose qu'avait dite Marty, peu après qu'ils se furent installés autour de la table de la petite cuisine. Elle est à nous, avait-il dit, presque en colère. Un type du Lincoln Review, un type pas du coin - il nous la bousillerait. "Si vous aviez donné ça à l'autre journaleux, il en aurait fait quelque chose pas vrai ? leur demanda-t-elle.
- Ce n'est pas à nous de le lui donner, parce que ça ne nous appartient pas, dit Steven. Ca appartiendra à quiconque finira par percer le mystère."
Amélia secoua la tête, un petit sourire aux lèvres. "Voilà qui est fourbe. Je pense que Marty et vous êtes les deux dernières personnes encore en vie à tout savoir de cette histoire.
- Nous l'étions, rectifia Marty. Maintenant, il y a vous, Amélia."
Elle lui adressa un hochement de tête, acceptant ainsi le compliment implicite, puis dirigea de nouveau son attention vers Steven Seagull, en haussant les sourcils. Au bout d'une seconde ou deux, ce dernier se mit à glousser.
"Si nous ne lui avons pas parlé de la Fille de Buffalo, c'est parce qu'il aurait pris une véritable énigme inexpliquée pour en faire un article comme un autre, expliqua Steven. Sans changer aucun des faits concrets, mais en mettant l'accent sur une chose - disons par exemple le concept de décontractant musculaire rendant la déglutition impossible, ou au moins difficile - et en sacrifiant une autre.
- Comme le fait qu'on n'ait jamais retrouvé trace d'un tel produit, suggéra Amélia.
- Pour sûr, peut être ça, peut être autre chose. Et peut être qu'il l'aurait écrite comme ça tout seul, parce qu'inventer une histoire à partir de faits qui ne méritent pas qu'on en fasse toute une histoire devient une habitude. Ou bien peut être son rédacteur en chef le lui aurait renvoyé pour qu'il le réécrive un peu.
- Ou bien l'aurait récrit lui même, si les délais sont trop serrés, fit remarquer Marty.
- Ouais, il parait que ce genre de chose arrive, admit Steven. Quoiqu'il en soit, la Fille de Buffalo aurait très probablement fini comme l'un des sept ou huit articles de la série de ce journaliste, rubrique Mystère, le genre de texte qui intrigue les gens pendant un petit quart d'heure le dimanche, et qui atterrit au fond de la litière du chat dès le lundi.
- Et alors ça ne vous appartiendrait plus." dit Amélia.
Marty hocha la tête, mais Steven agita quant à lui la main, comme pour dire Oh, comme vous y aller.
"Ca, j'aurais pu m'y faire, mais ça aurait signifié accrocher un mensonge autour du cou d'une femme qui n'est plus là pour le réfuter, et voilà une chose à laquelle je ne pourrais me résigner. Parce que rien ne m'y oblige." Il jeta un coup d'oeil à sa montre. "Quoiqu'il en soit, je suis parti. Le dernier d'entre vous à déserter les lieux aura-t-il l'amabilité de fermer derrière lui ?"
Steven quitta le poste. Ils le regardèrent s'éloigner. Puis Marty se tourna vers Amélia. "D'autres questions ?"
Elle éclata de rire. "Une bonne centaine, mais aucune à laquelle vous ou Steven puissiez répondre, j'imagine.
- Du moment que vous ne vous lassez pas de les poser, tout va bien."
Il se rendit à son bureau, s'assit et tira un tas de feuilles à lui, en soupirant. Amélia s'apprêtait à rejoindre elle aussi son bureau, lorsque quelque chose attira son attention, sur le panneau acroché au mur du fond, en face du bureau en pagaille de Steven. Elle s'en approcha pour y jeter un oeil.
La partie gauche du panneau était recouverte de vieille coupures de la feuille de choux locale, des premières pages jaunies et racornies. En haut, dans le coin, tout seule, elle aperçut la première page de la semaine du 20 juillet 1953. Le gros titre disait : DE MYSTERIEUSES LUMIERES AU-DESSUS DE BUFALLO FASCINENT DES MILLIERS DE TEMOINS. En dessous, se trouvait une photographie attribuée à Steven Seagull - qui à l'époque devait avoir dans les trente-trois ou trente-quatre ans, si ses calculs étaient bons. Le cliché en noir et blanc montrait un terrain de baseball amateur, avec en plein milieu un panneau portant l'inscription L'USINE CEPURE CONNAIT TOUJOURS LE SCORE ! Amélia eut l'impression que la photo avait été prise au crépuscule. Elle savait que c'était la marotte de Steven mais ignorait qu'il avait vendu des clichés au journal local. Il ne s'en était jamais venté.
Les rares adultes présents dans l'unique gradin affaissé se tenaient debout, le nez tourné vers le ciel. Il en allait de même pour l'arbitre, à cheval sur une base, son masque dans la main droite. Un groupe de joueurs - l'équipe visiteurs, elle en déduisit - était agglutiné autour de la troisième base, comme pour le réconforter. Les autres gosses, vêtus de jeans et de pulls portant l'inscription RECYCLAGE CEPURE brodée dans le dos, étaient sommairement alignés un peu plus loin, le nez en l'air. Et sur le remblai, le petit gars qui venait de lancer tendait son gant en direction de l'un des cercles brillants suspendus dans le ciel, juste en dessous des nuages, comme pour toucher ce mystère du doigt, et le rapprocher de lui. Comme pour ouvrir son coeur, et entendre son histoire.
- Oh je vois. Le docteur Brightman a fait les examens n'est-ce pas ?" Ses épaules s'abaissèrent imperceptiblement.
"Pour sûr, confirma Marty. On est peut-être des rats des champs, mais il nous arrive aussi de sortir la tête du trou. Et ce qui se rapprochait le plus du poison sur cette bouchée de viande, c'est une pincée de sel."
Elle resta silencieuse un moment. Puis, à voix très basse : "C'était peut être le genre de truc qui disparaît ?
- Pour sûr, railla Marty,en faisant tourner sa langue à l'intérieur de sa joue. Comme les Feux Follets, au bout d'une heure ou deux.
- Ou comme l'équipage de l'Anne-Marie Celeste, renchérit Steven.
- Et à sa descente du train, vous ne savez pas où elle est allée ?
- Non, m'dame, répondit Steven. Presque trente ans qu'on retourne ça dans tous les sens, et on n'a jamais trouvé âme qui vive prétendant l'avoir vu, jusqu'à ce que Mary et John la retrouvent, autour de six heures trente du matin, le 24 avril.
Et pour votre information - même si ça n'intéresse plus vraiment personne - je ne pense pas que qui que ce soit lui ait pris des mains le reste de son bifteck, après sa dernière bouchée. Ce que je crois, c'est qu'une mouette est venue le chercher dans sa main morte, comme nous l'avons toujours supposé. Et bon, d'là, il faut vraiment que je file.
- Et moi, que je m'occupe de ces satanées factures, enchaîna Marty. Mais avant tout, une petite pause au fond du jardin me paraît indispensable, ajouta-t-il en se dirigeant vers les toilettes.
- Et moi je suppose qu'il faudrait que je m'attelle a ma petite affaire", dit Amélia. Puis elle s'exclama, mi-riante, mi-sérieuse : "Mais je regrette presque que vous m'ayez raconté, si c'était pour me laisser en plan ! Je vais mettre des semaines à me sortir ça de l'esprit !
- Ca fait presque trente ans, et ça n'est toujours pas sorti du nôtre, fit remarquer Steven. Et au moins maintenant, vous savez pourquoi nous n'avons rien raconté à ce type du Lincoln Review.
- Oui, je sais."
Il sourit en hochant la tête. "Vous allez très bien vous en tirer, Amélia. Très bien."
Il lui serra gentiment l'épaule, puis se dirigea vers la porte, attrapant au passage son bloc-notes sur son bureau encombré et se le fourrant dans la poche arrière de son pantalon. Il avait beau avoir quatre-vingt ans, il marchait toujours avec facilité, l'échine seulement un peu courbée par l'âge. Il portait son uniforme de sheriff parfaitement repassé. Arrivé au milieu de la pièce, il s'immobilisa et se retourna vers elle. Un rayon de lumière attrapa sa chevelure blanche et vaporeuse de bébé et en fit un halo.
"Ce fut un plaisir de vous avoir parmi nous. Je tiens à ce que vous le sachiez.
- Merci."
Elle espéra que sa voix ne trahissait pas combien elle se sentait soudain au bord des larmes.
"C'a été merveilleux. J'étais un peu sceptique au début, mais... mais maintenant j'imagine que c'est bien clair pour vous. C'est un plaisir d'être ici.
- Vous avez pensé à rester ? Je crois que oui.
- Oui. Evidemment que j'y ai pensé."
Il hocha la tête d'un air grave. "Marty et moi en avons parlé. Il serait bon de mettre un peu de sang frais dans l'affaire. Du sang jeune.
- Vous en avez encore pour des années, tous les deux.
- Oh oui", répondit-il avec désinvolture, comme si c'était acquis - et lorsqu'il mourrait six mois plus tard, Amélia resterait assise dans l'église glacée, et elle se dirait : Il savait que l'heure approchait. "Je serai dans le coin encore des années. Mais s'il vous prenait l'envie de rester, nous seront ravis de vous accueillir. Vous n'avez pas à répondre de suite, mais considérez ça comme une proposition.
- Très bien j'y réfléchirai. Et je crois que nous savons tous les deux quelle sera la réponse.
- Parfait, dans ce cas." Il pivota, puis se ravisa et se retourna une dernière fois vers elle. "Les cours sont bientôt finis pour aujourd'hui, mais je peux vous dire encore une petite chose, au sujet de notre affaire. Vous permettez ?
- Bien sûr.
- Il y a des miliers de journaux, et des dizaines de milliers de gens qui écrivent des articles dedans, mais il n'y a que deux types d'histoires. Il y a les histoires neuves, qui en général ne sont pas du tout des histoires, mais simplement des comptes rendus factuels d'événements. Des choses de ce genre n'ont pas besoin d'être des histoires. Les gens choisissent en général un journal pour s'abreuver, pour y trouver leur compte de sang et de larmes, tout comme ils ralentissent pour regarder un accident sur l'autoroute, avant de passer leur chemin. Mais que trouvent-ils à l'intérieur du journal ?
- Des articles, répondit Amélia, en repensant au journaliste et à ses Enigmes non Résolues.
- Pour sûr. Et il y en a, des histoires. Chacune d'entre elles a un début, un milieu et une fin. C'est ce qui en fait de bonnes nouvelles, Amélia, toujours de bonnes nouvelles. Même si l'histoire parle d'une secrétaire de pasteur qui a probablement tué la moitié de la paroisse lors d'un pique-nique parce que son amant l'avait plaquée, ça reste une bonne histoire, et pourquoi ?"
Elle réfléchit un instant.
"Ces histoires là sont de bonnes nouvelles parce qu'il y a une fin, même si la police n'a pu en apporter la preuve formelle.
- C'est exact !" s'écria Steven, aux anges.
Il brandit les bras comme un prêcheur ravi.
"Elles ont une solution ! Un point final ! Mais dans la vie réelle, les choses ont-elles toujours un début, un milieu et une fin, Amélia ? Que vous dit votre expérience ?
- Pour ce qui est de la police et des enquêtes, je n'en ai pas beaucoup. Rien que mes travaux de fac, et puis vous savez, mes petites enquêtes ici.
- Mais votre coeur et votre esprit, que vous disent-ils ?
- Dans la vie en général, ça ne marche pas comme ça."
Elle repensait à un certain jeune homme dont il faudrait s'occuper, si elle décidait de rester dans les parages à l'issue de cette période probatoire... Et ça ne risquait pas d'être joli, joli. Ce serait même sans doute assez moche. Danny n'allait pas prendre la nouvelle très bien, parce que, dans l'esprit de Danny, la suite de l'histoire était quelque peu différente.
"Je n'ai jamais lu d'article qui ne soit pas un mensonge, dit Steven d'une voix douce. Mais en général, on peut faire tenir un mensonge sur une page. Celui-là ne tiendrait jamais. A moins que..."
Il haussa très légèrement les épaules.
Pendant un moment elle ne sut pas ce que ce haussement d'épaule pouvait signifier. Puis elle se remémora une chose qu'avait dite Marty, peu après qu'ils se furent installés autour de la table de la petite cuisine. Elle est à nous, avait-il dit, presque en colère. Un type du Lincoln Review, un type pas du coin - il nous la bousillerait. "Si vous aviez donné ça à l'autre journaleux, il en aurait fait quelque chose pas vrai ? leur demanda-t-elle.
- Ce n'est pas à nous de le lui donner, parce que ça ne nous appartient pas, dit Steven. Ca appartiendra à quiconque finira par percer le mystère."
Amélia secoua la tête, un petit sourire aux lèvres. "Voilà qui est fourbe. Je pense que Marty et vous êtes les deux dernières personnes encore en vie à tout savoir de cette histoire.
- Nous l'étions, rectifia Marty. Maintenant, il y a vous, Amélia."
Elle lui adressa un hochement de tête, acceptant ainsi le compliment implicite, puis dirigea de nouveau son attention vers Steven Seagull, en haussant les sourcils. Au bout d'une seconde ou deux, ce dernier se mit à glousser.
"Si nous ne lui avons pas parlé de la Fille de Buffalo, c'est parce qu'il aurait pris une véritable énigme inexpliquée pour en faire un article comme un autre, expliqua Steven. Sans changer aucun des faits concrets, mais en mettant l'accent sur une chose - disons par exemple le concept de décontractant musculaire rendant la déglutition impossible, ou au moins difficile - et en sacrifiant une autre.
- Comme le fait qu'on n'ait jamais retrouvé trace d'un tel produit, suggéra Amélia.
- Pour sûr, peut être ça, peut être autre chose. Et peut être qu'il l'aurait écrite comme ça tout seul, parce qu'inventer une histoire à partir de faits qui ne méritent pas qu'on en fasse toute une histoire devient une habitude. Ou bien peut être son rédacteur en chef le lui aurait renvoyé pour qu'il le réécrive un peu.
- Ou bien l'aurait récrit lui même, si les délais sont trop serrés, fit remarquer Marty.
- Ouais, il parait que ce genre de chose arrive, admit Steven. Quoiqu'il en soit, la Fille de Buffalo aurait très probablement fini comme l'un des sept ou huit articles de la série de ce journaliste, rubrique Mystère, le genre de texte qui intrigue les gens pendant un petit quart d'heure le dimanche, et qui atterrit au fond de la litière du chat dès le lundi.
- Et alors ça ne vous appartiendrait plus." dit Amélia.
Marty hocha la tête, mais Steven agita quant à lui la main, comme pour dire Oh, comme vous y aller.
"Ca, j'aurais pu m'y faire, mais ça aurait signifié accrocher un mensonge autour du cou d'une femme qui n'est plus là pour le réfuter, et voilà une chose à laquelle je ne pourrais me résigner. Parce que rien ne m'y oblige." Il jeta un coup d'oeil à sa montre. "Quoiqu'il en soit, je suis parti. Le dernier d'entre vous à déserter les lieux aura-t-il l'amabilité de fermer derrière lui ?"
Steven quitta le poste. Ils le regardèrent s'éloigner. Puis Marty se tourna vers Amélia. "D'autres questions ?"
Elle éclata de rire. "Une bonne centaine, mais aucune à laquelle vous ou Steven puissiez répondre, j'imagine.
- Du moment que vous ne vous lassez pas de les poser, tout va bien."
Il se rendit à son bureau, s'assit et tira un tas de feuilles à lui, en soupirant. Amélia s'apprêtait à rejoindre elle aussi son bureau, lorsque quelque chose attira son attention, sur le panneau acroché au mur du fond, en face du bureau en pagaille de Steven. Elle s'en approcha pour y jeter un oeil.
La partie gauche du panneau était recouverte de vieille coupures de la feuille de choux locale, des premières pages jaunies et racornies. En haut, dans le coin, tout seule, elle aperçut la première page de la semaine du 20 juillet 1953. Le gros titre disait : DE MYSTERIEUSES LUMIERES AU-DESSUS DE BUFALLO FASCINENT DES MILLIERS DE TEMOINS. En dessous, se trouvait une photographie attribuée à Steven Seagull - qui à l'époque devait avoir dans les trente-trois ou trente-quatre ans, si ses calculs étaient bons. Le cliché en noir et blanc montrait un terrain de baseball amateur, avec en plein milieu un panneau portant l'inscription L'USINE CEPURE CONNAIT TOUJOURS LE SCORE ! Amélia eut l'impression que la photo avait été prise au crépuscule. Elle savait que c'était la marotte de Steven mais ignorait qu'il avait vendu des clichés au journal local. Il ne s'en était jamais venté.
Les rares adultes présents dans l'unique gradin affaissé se tenaient debout, le nez tourné vers le ciel. Il en allait de même pour l'arbitre, à cheval sur une base, son masque dans la main droite. Un groupe de joueurs - l'équipe visiteurs, elle en déduisit - était agglutiné autour de la troisième base, comme pour le réconforter. Les autres gosses, vêtus de jeans et de pulls portant l'inscription RECYCLAGE CEPURE brodée dans le dos, étaient sommairement alignés un peu plus loin, le nez en l'air. Et sur le remblai, le petit gars qui venait de lancer tendait son gant en direction de l'un des cercles brillants suspendus dans le ciel, juste en dessous des nuages, comme pour toucher ce mystère du doigt, et le rapprocher de lui. Comme pour ouvrir son coeur, et entendre son histoire.
FIN
Et voilà, c'est fini, j'espère que cette fin vous convient, éventuellement, je pourrais envisager d'en écrire une autre, avec une véritable histoire de meurtre... pourquoi pas...
Mais tout doit-il avoir vraiment un début, un milieu et une fin ?
La semaine prochaine, pas de nouvelle histoire, j'ai pas eu le temps, mais je vous proposerais la version relue et corrigée à télécharger au format pdf... jamais que deux ou trois semaines que je dois le faire... ^^"
D'ici deux semaines, peut-être une autre histoire ou alors un projet avec ... mais chuuut.. c'est pas sûr .... ;-)
Mais tout doit-il avoir vraiment un début, un milieu et une fin ?
La semaine prochaine, pas de nouvelle histoire, j'ai pas eu le temps, mais je vous proposerais la version relue et corrigée à télécharger au format pdf... jamais que deux ou trois semaines que je dois le faire... ^^"
D'ici deux semaines, peut-être une autre histoire ou alors un projet avec ... mais chuuut.. c'est pas sûr .... ;-)
par Cassandre
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