Mercredi 7 mai 2008
Il était une fois, une famille vivant au milieu de la forêt. Une grande forêt, sombre, immense, comme on en voit souvent dans les films
d'horreur de série Z et parfois triple Z, où les jeunes s'aventurent pour se faire découper en morceaux. Mais personne ne s'était jamais aventuré jusque là.
C'est pourtant dans une masure de bois que vivaient Rachida, ses deux enfants et leur nouveau beau-père.
Celui-ci était un homme profondément égoïste, aveugle aux besoins des autres à un point tel, que personne ne pourrait l'imaginer.
Il aimait plus que tout son bordeaux supérieur, son champagne Dom Pérignon pour les dimanches et tout met fin auquel il avait l'art de penser, du foie gras au caviar en passant par le homard. Tout était bon pour Lui.
Les enfants, eux, n'avaient pas la chance de pouvoir ne serait-ce que caresser l'idée de pouvoir un jour goûter ce qui se dressait régulièrement sur la table paternelle.
Déjà, parce qu'ils ne se trouvaient pas dans la pièce : on ne mélange pas les torchons et les serviettes. De plus, parce qu'ils ne mangeaient que ce que pouvait se procurer leur mère dans les poubelles des grands supermarchés après l'heure de fermeture.
Seul luxe qu'elle possédait encore : une voiture.
Oh, pas bien grande, pas bien récente. Mais ô combien nécessaire pour aller chercher les plats et boissons que désiraient son pas si tendre époux. En cachette, elle ramenait ce qu'elle pouvait pour les petits.
Elle l'avait épousé en seconde noce. Veuve, son mari la laissant sans le sou après une très longue maladie où les franchises de santé n'avaient fait en sorte que de causer encore plus de malheurs au sein de cette famille unie.
Au début, le voisin s'est montré gentil. C'est qu'elle avait encore une maisonnette Grouigue. Même pas hypothéquée !
Il lui a demandé de l'épouser, après quelques mois de cours. Soi disant pour le bonheur des enfants.
Puis vinrent la vente des meubles, des livres rares tant aimés de son défunt mari et pour finir la maison. Elle n'avait rien vu venir, aveuglée qu'elle était par ce nouvel amour. Celui qui annonçait de nouveau le retour du bonheur.
C'est qu'il savait lui conter fleurette, le bougre : sauvons la planète, retournons à la vie de nos aïeux.
Cependant tout ceci n'avait qu'un but : acheter ce que lui voulait, pour lui et lui seul.
Mais ce n'est que trop tard qu'elle le réalisa. Une fois installée, elle et ses chers enfants, dans la nouvelle bicoque qui devait leur servir de foyer familial.
Pour arriver à subvenir aux besoins exigeants de son époux, elle avait pris deux mi-temps à 35h. La nouvelle loi de Starkoline étant récemment passée : travailler plus pour gagner autant, afin de faire avancer la Transe. Il fallait être compétitif dans la course à la présidence mondiale, et il se voulait le leader d'un Etat travailleur et productif.
Cependant, d'anciennes coutumes avaient la vie dure et permettaient à son si cher et pas tendre de pouvoir rester à la maison, de percevoir une allocation de soutien de famille, de parent isolé (n'oublions pas que nous sommes en "rase" forêt) combinées entre un RMI (bûcheron au chômage technique) et un RMA (prime de retour à l'emploi) parce que bûcheron mais ne pouvant exercer son métier du fait de l'interdiction par l'Union Mondiale de la déforestation à outrance et des quotas de coupe, ce qui l'autorisait à toucher des indemnités de cette même Union Mondiale.
De fait, il déléguait le minima de coupe à ses enfants, histoire de faire des économies sur le bois de chauffage et surtout, de n'avoir pas à le faire lui même.
La situation était toutefois délicate.
Le prix du pétrole flambait comme jamais : 318$ le baril. Et sa femme devait se servir de la voiture tous les jours pour aller travailler. Les enfants coûtaient trop cher en entretien, les allers-retours vers les poubelles des centres commerciaux n'étaient pas des dépenses négligeables.
Il n'avait besoin que de caviar et d'oeufs de saumon. De pavé de rumsteck et de filet de biche. Le plus proche centre "MHP" ("Maison Heureuse et Prospère", après le rachat de Carrouf par les Chinois) n'était qu'à trois heures à pied. Pas de quoi fouetter un chat, se disait-il.
Bref.
Comment faire des économies ?
Une idée lumineuse comme un néon d'enseigne fit jour dans son esprit embrumé de champagne. On était bien sûr dimanche et demain, la vieille allait retourner au taf gagner les trois francs six sous pour le plein d'essence de la voiture.
Il n'aurait qu'à perdre les enfants en forêt, pretextant les accompagner dans leur coupe de bois pour leur enseigner une nouvelle technique ninja, et dire à leur mère que ceux-ci avaient fugué, sans mot laissé, par pur égoïsme.
Il trouva l'idée excellente, se promit de sortir de son lit le lendemain et s'endormit tranquillement, Leigof fanfaronnant sur son écran écran numérique tactile dernier cri, sur le dernier film à la mode de l'illustre inconnu Benny Smith, qui, c'est sûr, allait faire un carton.
Un sourire béat se dessinait pour la première fois depuis des lustres sur ses lèvres.
Personne ne pouvait le voir, sa femme finissant les travaux de nettoyage de la cuisine.
A suivre....
C'est pourtant dans une masure de bois que vivaient Rachida, ses deux enfants et leur nouveau beau-père.
Celui-ci était un homme profondément égoïste, aveugle aux besoins des autres à un point tel, que personne ne pourrait l'imaginer.
Il aimait plus que tout son bordeaux supérieur, son champagne Dom Pérignon pour les dimanches et tout met fin auquel il avait l'art de penser, du foie gras au caviar en passant par le homard. Tout était bon pour Lui.
Les enfants, eux, n'avaient pas la chance de pouvoir ne serait-ce que caresser l'idée de pouvoir un jour goûter ce qui se dressait régulièrement sur la table paternelle.
Déjà, parce qu'ils ne se trouvaient pas dans la pièce : on ne mélange pas les torchons et les serviettes. De plus, parce qu'ils ne mangeaient que ce que pouvait se procurer leur mère dans les poubelles des grands supermarchés après l'heure de fermeture.
Seul luxe qu'elle possédait encore : une voiture.
Oh, pas bien grande, pas bien récente. Mais ô combien nécessaire pour aller chercher les plats et boissons que désiraient son pas si tendre époux. En cachette, elle ramenait ce qu'elle pouvait pour les petits.
Elle l'avait épousé en seconde noce. Veuve, son mari la laissant sans le sou après une très longue maladie où les franchises de santé n'avaient fait en sorte que de causer encore plus de malheurs au sein de cette famille unie.
Au début, le voisin s'est montré gentil. C'est qu'elle avait encore une maisonnette Grouigue. Même pas hypothéquée !
Il lui a demandé de l'épouser, après quelques mois de cours. Soi disant pour le bonheur des enfants.
Puis vinrent la vente des meubles, des livres rares tant aimés de son défunt mari et pour finir la maison. Elle n'avait rien vu venir, aveuglée qu'elle était par ce nouvel amour. Celui qui annonçait de nouveau le retour du bonheur.
C'est qu'il savait lui conter fleurette, le bougre : sauvons la planète, retournons à la vie de nos aïeux.
Cependant tout ceci n'avait qu'un but : acheter ce que lui voulait, pour lui et lui seul.
Mais ce n'est que trop tard qu'elle le réalisa. Une fois installée, elle et ses chers enfants, dans la nouvelle bicoque qui devait leur servir de foyer familial.
Pour arriver à subvenir aux besoins exigeants de son époux, elle avait pris deux mi-temps à 35h. La nouvelle loi de Starkoline étant récemment passée : travailler plus pour gagner autant, afin de faire avancer la Transe. Il fallait être compétitif dans la course à la présidence mondiale, et il se voulait le leader d'un Etat travailleur et productif.
Cependant, d'anciennes coutumes avaient la vie dure et permettaient à son si cher et pas tendre de pouvoir rester à la maison, de percevoir une allocation de soutien de famille, de parent isolé (n'oublions pas que nous sommes en "rase" forêt) combinées entre un RMI (bûcheron au chômage technique) et un RMA (prime de retour à l'emploi) parce que bûcheron mais ne pouvant exercer son métier du fait de l'interdiction par l'Union Mondiale de la déforestation à outrance et des quotas de coupe, ce qui l'autorisait à toucher des indemnités de cette même Union Mondiale.
De fait, il déléguait le minima de coupe à ses enfants, histoire de faire des économies sur le bois de chauffage et surtout, de n'avoir pas à le faire lui même.
La situation était toutefois délicate.
Le prix du pétrole flambait comme jamais : 318$ le baril. Et sa femme devait se servir de la voiture tous les jours pour aller travailler. Les enfants coûtaient trop cher en entretien, les allers-retours vers les poubelles des centres commerciaux n'étaient pas des dépenses négligeables.
Il n'avait besoin que de caviar et d'oeufs de saumon. De pavé de rumsteck et de filet de biche. Le plus proche centre "MHP" ("Maison Heureuse et Prospère", après le rachat de Carrouf par les Chinois) n'était qu'à trois heures à pied. Pas de quoi fouetter un chat, se disait-il.
Bref.
Comment faire des économies ?
Une idée lumineuse comme un néon d'enseigne fit jour dans son esprit embrumé de champagne. On était bien sûr dimanche et demain, la vieille allait retourner au taf gagner les trois francs six sous pour le plein d'essence de la voiture.
Il n'aurait qu'à perdre les enfants en forêt, pretextant les accompagner dans leur coupe de bois pour leur enseigner une nouvelle technique ninja, et dire à leur mère que ceux-ci avaient fugué, sans mot laissé, par pur égoïsme.
Il trouva l'idée excellente, se promit de sortir de son lit le lendemain et s'endormit tranquillement, Leigof fanfaronnant sur son écran écran numérique tactile dernier cri, sur le dernier film à la mode de l'illustre inconnu Benny Smith, qui, c'est sûr, allait faire un carton.
Un sourire béat se dessinait pour la première fois depuis des lustres sur ses lèvres.
Personne ne pouvait le voir, sa femme finissant les travaux de nettoyage de la cuisine.
A suivre....
par Cassandre
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