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Citations

"Happiness always looks small while you hold it in your hands, but let it go, and you learn at once how big and precious it is. "  - Maksim Gorky

"Si nous voulons construire une amitié durable, nous devons aimer nos amis pour eux et non pour nous." - Charlotte Brontë


"Every man is the architect of his own  life. He builds it just the way he  wants it. However,  after he  has built  what he  wants, he  sometimes decides that he doesn't like  what he  has built  and looks  for someone  or something  to blame instead of changing himself." - Sidney Madwed

"L'imagination porte bien plus loin que la vue." - Baltasar Gracian Y Morales


"La connaissance a de commun avec la  bêtise qu'elle n'a pas de limites. Il  est commun que les limites de nos connaissances sont des bêtises. Les limites de nos bêtises sont nos connaissances communes. La connaisance de nos limites met à  nu nos bêtises communes. C'est une  bêtise d'arrêter nos connaissances aux  limites de nos bêtises communes."





A mes visiteurs...

Je vous souhaite la bienvenue sur ce modeste Journal, intime parfois (qui a dit souvent, là bas au fond ??!! ;-) ), réactif souvent, photographique le lundi, "littéraire" le mercredi, à propos du Japon (pays que j'aime beaucoup) le samedi et aussi humouristique, du moins je l'espère !

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Mercredi 1 août 2007
Encore un petit texte... écrit en entier d'un trait mais que je vous livre sur plusieurs mercredi, parce que je veux pas vous saouler non plus....

Car un long article est plus dur à lire qu'un plus court, n'est-ce pas ?

Bon aller, on y va...




Alaïs soupira en contempla la robe à petits pois bordeaux que sa mère lui avait repassée et posé délicatement sur son lit.
Sa mère lui préparait tous les matins la tenue du jour, sans doute parce qu'elle tentait bien maladroitement d'empêcher sa fille de porter ce qu'elle dénommait des "sacs" : une large et longue jupe de jean et un informe pull irlandais conçu à la base pour être porté par un homme.
La jeune fille respira et expira lentement pour éviter de fondre en larme immédiatement. Cela marchait assez bien.
Elle passa le vêtement, offrant son dos à la psyché qui trônait dans le coin de sa chambre, dernier cadeau en date de sa chère maman. Ne surtout pas constater le résultat de cet habillage : odieux, hideux et dévastateur. La robe devenue un peu juste, la moulait, signalant davantage la difformité de sa silhouette obèse. L'élastique des petites manches poussait la chair blême de ses bras, formant un vilain bourrelet de compression. Elle devait marcher à petit pas afin d'éviter que le tissu ne se pince entre ses cuisses, remontant jusqu'à découvrir ces gros genoux noyés de graisse. Au demeurant, les efforts physiques la faisaient haleter et transpirer, ce qui, comble de malchance, ne lui avait pas permis de se faire dispenser. Il ne fallait pas rêver !
Ne pas penser au prochain cours de gymnastique, à cette interminable humiliation de deux heures durant lesquelles elle devrait se concentrer son énergie sur un seul objet : ne rien voir, en rien entendre.

Ne rien voir des moqueries mesquines assassines, des gestes obscènes du petit groupe de tortionnaire.

Ne rien entendre des plaisanteries meurtrières, des gloussements vachards de ces trois garçons et de cette fille sciaient ses nuits.

Savaient-ils à quel point tout cela lui faisait mal ?

Nul doute, mais ils s'en foutaient quand même. Après tout, elle offrait un rôle magnifique et facile : celui de la victime dont se gausse l'amuseur distrayant une foule rigolarde. Du même coup,  elle permettait aux autres, à ceux qui avaient opté pour une placidité confortable, de respirer. Tant qu'elle servirait de passe-temps à ses bourreaux, ils survivraient sans trop souffrir. C'est la plus efficace stratégie des lâches : prétendre l'aveuglement lorsque les forts abusent de leur pouvoir sur les plus faibles, leur sacrifier les victimes qui les occupent un moment. Elle explique les silences complices des masses face aux carnages de quelques uns. Complices et imbéciles puisque seule l'agressivité d'une résistance décourage les prédateurs. Mais l'adolescente l'ignorait encore.

Alaïs enfila son imperméable, se concentrant sur le sourire que lui avait laissé Nathalie avant de partir pour toujours. Un peu rassérénée par ce souvenir en lumière, elle se retourna vers le miroir. Le côté face du sujet n'avait rien de récupérable non plus. De long cheveux fadasses et raides, que sa mère insistait pour qu'elle attache, lui faisant un visage en pleine lune. Qu'avait dit Damien, l'un de ses harceleurs ? Un visage en cul. Mariane avait été plus féminine, mais aussi venimeuse : un visage en paire de fesse.

Le regard d'Alaïs descendit jusqu'à la longue croix d'or qui pendait à son cou, qui parfois se coinçait dans son soutien-gorge, entre ses deux gros seins, lui tirant la tête vers le ventre. Elle la détestait parce qu'ils s'en moquaient aussi. Elle la détestait parce qu'elle mentait tout le temps. Elle disait que le monde est bon, que les purs sont récompensés. Elle affirmait que l'âme est la vie. Mais c'était faux puisque seul son corps pouvait la blesser à mourir. Alaïs avait bien tenté de se débarrasser du bijou en prétendant l'avoir perdu. Sa mère en avait fait un drame, y voyant une sorte de terrifiante prémonition. Alaïs s'était vue contrainte d'inventer un mensonge de retrouvaille. Elle avait à nouveau subi la croix.

Un soir elle était rentrée en larmes. C'était exceptionnel : elle parvenait en général à se calmer avant de franchir la porte de leur petit appartement. Sa mère était déjà à la maison et Alaïs n'avait pas eu le temps d'inventer un quelconque incident méritant ses sanglots. Elle avait dit la vérité : cette adiposité, cette laideur, ces vilains vêtements démodés. Cette femme, la mère, qu'elle admirait, qu'elle aimait aussi et que pourtant elle détestait pour sa surdité, avait expliqué d'un ton si sûr qu'il semblait usurpé :
- Ce sont des abrutis. La vraie beauté est intérieure. Ce n'est pas une paire de tennis signée ou un rapport entre la taille et le poids. C'est un état d'âme. A toi de leur faire comprendre.
Les larmes d'Alaïs avaient redoublé. Mais comment ? Elle ne pouvait pas ouvrir la bouche sans qu'ils ne se moquent d'elle. Se taire, sans qu'il supposent qu'elle somnolait à la suite d'un repas trop lourd. Bouger, respirer, se fondre contre les murs sans qu'ils commentent, goguenards et mauvais. Elle n'osait même plus être bonne élève, se contraignant à la médiocrité dans l'espoir de s'y diluer. Mais sa mère ne voyait pas. Elle ne voyait pas pourquoi son mari l'avait plaqué deux ans après la naissance d'Alaïs pour une mince gourde fardée façon "AVI 3000". Elle ne voyait pas que l'amitié systématique que lui voulaient la plupart des femmes-échecs du coin naissait de leur certitude qu'elle ne constituait pas une menace. Elle ne voyait pas qu'elle avait l'air d'un vilain tas fagoté alors... Et si cette ressemblance la rassurait au contraire, et si elle l'encourageait en n'achetant que des fringues immondes, en ne cuisinant que des trucs à faire gonfler un éléphant ? Un doute désagréable s'installa dans l'esprit d'Alaïs.
par Cassandre publié dans : Textes
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