Mercredi 22 août 2007
Grosse flemme la semaine dernière, y'a pas eu de parution, mais voici, enfin, la suite de la 1ère partie et de sa suite, la seconde partie, je sais pas
encore en combien au total ça fera de parties, je ne me suis pas posée la question... ^^"
Comme d'habitude dites moi ce que vous en pensez !
Sa mère terminait plus tard le mardi, le supermarché dans lequel elle travaillait comme caissière faisant nocturne. Alaïs dîna seule, d'une grosse salade et de fruits. Elle gloussait par moments, se traitant d'idiote. Bon, Jean avait juste besoin d'elle pour les maths. Mais peut-être que ce n'était qu'un prétexte ? Les garçons font souvent cela , du moins lui avait-il semblé. Ils se sentent maladroit et veulent garder contenance et pouvoir. La finesse des filles consiste à les convaincre qu'elles sont dupes. Et puis, même si ce n'était que pour améliorer ses résultats en algèbre, qui disait qu'avec le temps... Combien faut-il de mois pour perdre vingt kilos ? Sa mère ne l'aiderait pas, jugeant ce régime démissionnaire. Bien sûr, elle se foutait d'être énorme, elle avait été mariée. Les bourrelets de sa fille la rassurait, devenant une malédiction familiale, une sorte de fatalité génétique dont on n'est pas responsable et surtout contre laquelle il ne faut pas lutter. Et puis, le monde se tolère mieux lorsqu'on est deux dans la même galère. Pire, peut-être n'avait-elle pas envie que sa fille plaise, parte, la laisse. Pas envie qu'une image de séduction la renvoie à son néant sentimental. Rien à foutre, Alaïs allait se tenir à ce régime, même si elle devait crever de faim ! Elle avait enfin une bonne raison, un moteur : Jean.
Cette jovialité si inhabituelle ne la lâcha pas de la soirée et lui donna le courage d'achever ce qu'elle avait entrepris depuis plusieurs mois. La lettre. La fameuse lettre à Justin Timberlake*. Alaïs avait eu un mal de chien à trouver l'adresse du fan-club français du chanteur pop / RnB américain. Sans avoir Internet à la maison, c'est tout de suite moins facile. Un simple regard du chanteur suffisait à lui faire chavirer le coeur. Laura, sa cousine, lui avait enregistré tous ses CD sur cassette. Sans vraiment les dissimuler, Alaïs n'en faisait pas étalage, certaine que sa mère y verrait une perte de temps préjudiciable à ses études. Ce que cette dernière ignorait, c'est que parfois, sans cette voix magnifique et ses superbes chansons qui passaient au travers des petits écouteurs en mousse de son vieux baladeur, Alaïs aurait cherché plus haut que le Vélux.
Elle s'installa sur son lit, un bloc de papier à lettres posé sur ces genoux. Elle n'était pas crétine : Justin ne devait pas lire les milliers de lettres qu'il recevait, d'autant qu'il était américain. L'anglais d'Alaïs étant encore trop primaire, elle ne se risquerait pas à la traduction de ce qu'elle souhaitait tant lui expliquer. Mais peut être un de ses assistants, ou secrétaires, lui parlait-il de certains de ses fans, des plus importants. Peut-être le chanteur avait-il donné des consignes, une sorte de cahier des charges passant en revue toutes les situations.
Lettre d'insultes : jeter sans répondre.
Lettre de félicitation : envoyer la réponse numéro trois de l'annexe avec photo signée.
Lettre d'amour désespérée d'adolescente obèse au bord du gaz : faire un mix entre la réponse 42 et 95, me donner à signer perso et joindre une photo.
Alaïs retrouva pour quelques heures toute son intelligence, celle qu'elle muselait si bien afin de ne pas déplaire aux tortionnaires qu'elle finissait parfois par l'oublier tout à fait. Elle déchira en petits bouts une quinzaine d'essais qu'elle jugea ineptes, grotesques de mal-être et de revendication geignarde, bref, tartes à faire peur, et qui pourtant la firent sangloter parce qu'ils disaient la vérité.
La jeune fille éteignit la lumière un quart d'heure avant le retour de sa mère, attendant que celle-ci soit couchée avant de rallumer. Alaïs lutta pour ne pas sombrer dans les bras de Morphée durant ce laps de temps. Il fallait qu'elle finisse cette lettre cette nuit, la poster dès demain sans plus réfléchir, sans cela, une autre méchanceté commune, une autre blessure l'en dissuaderait encore.
Il devait être trois heure trente du matin lorsqu'enfin elle soupira de soulagement. Elle ferma les yeux quelques secondes, abrutie de fatigue par tous ces mots qui avaient dévalés en horde sauvage dans sa tête, par ce déluge de sentiments réprimés puisqu'ils n'intéressaient personne depuis que Nathalie était partie.
La lettre était courte. D'innombrables coupes avaient réduit à deux pages le long chaos de sa vie si brève. Alaïs l'expliquait à cet homme lointain et parfait dont elle avait collé les photos dans un cahier, à côté des bribes de chansons qu'elle avait réussi à comprendre et transcrire. Elle lui expliquait tout : les tortionnaires, sa mère aveugle ou complice, ce lard qui lui tuait l'esprit, Nathalie, son ange, l'envie de vie à laquelle elle se cramponnait mais qu'elle sentait filer entre ses doigts, un peu plus chaque jour. Alaïs terminait sa lettre par une question qu'il jugerait sans doute naïve : existait-elle, cette femme pour laquelle il avait écrit ses plus belles chansons d'amour ? Ce ne pouvait être Britney, elle n'y croyait pas... Et comment pouvait-on devenir cette femme, alors ? Ou bien l'une de ses versions, même approximatives ?
Alaïs referma l'enveloppe sans omettre d'y ajouter deux timbres pour la réponse. Le calme lui vint enfin. Un calme étrange, celui qui accompagne la désespoir lorsqu'il se fait serein. Voilà, c'était fait. L'invraisemblable confusion qui avait mené son existence venait de céder d'un coup. La confusion est précieuse lorsqu'on en a conscience : elle interdit de décider, de choisir. Elle offre une magnifique circonstance atténuante à l'hésitation. Cette indécision là était terminée. Demain elle posterait la lettre en sortant de chez elle, avant d'atteindre le lycée. La réponse serait tardive, elle s'y préparait. Pourtant ce message était le dernier lien, la dernière chance qu'elle s'accordait. Si sa fragile bouteille à la mer sombrait... si...
Alaïs ne savait pas trop ce qu'elle ferait. Peut-être alors se laisserait-elle totalement assommer, peut-être foncerait-elle pour toujours dans l'abattoir vers lequel l'aiguillonnaient ses bourreaux... ou peut-être trouverait-elle enfin le courage de chercher plus haut que le Vélux.
* Justin Timberlake : je suis pas fan, mais apparemment dans le top des chanteurs à la mode il se pose là, alors... ^^"
Comme d'habitude dites moi ce que vous en pensez !
Sa mère terminait plus tard le mardi, le supermarché dans lequel elle travaillait comme caissière faisant nocturne. Alaïs dîna seule, d'une grosse salade et de fruits. Elle gloussait par moments, se traitant d'idiote. Bon, Jean avait juste besoin d'elle pour les maths. Mais peut-être que ce n'était qu'un prétexte ? Les garçons font souvent cela , du moins lui avait-il semblé. Ils se sentent maladroit et veulent garder contenance et pouvoir. La finesse des filles consiste à les convaincre qu'elles sont dupes. Et puis, même si ce n'était que pour améliorer ses résultats en algèbre, qui disait qu'avec le temps... Combien faut-il de mois pour perdre vingt kilos ? Sa mère ne l'aiderait pas, jugeant ce régime démissionnaire. Bien sûr, elle se foutait d'être énorme, elle avait été mariée. Les bourrelets de sa fille la rassurait, devenant une malédiction familiale, une sorte de fatalité génétique dont on n'est pas responsable et surtout contre laquelle il ne faut pas lutter. Et puis, le monde se tolère mieux lorsqu'on est deux dans la même galère. Pire, peut-être n'avait-elle pas envie que sa fille plaise, parte, la laisse. Pas envie qu'une image de séduction la renvoie à son néant sentimental. Rien à foutre, Alaïs allait se tenir à ce régime, même si elle devait crever de faim ! Elle avait enfin une bonne raison, un moteur : Jean.
Cette jovialité si inhabituelle ne la lâcha pas de la soirée et lui donna le courage d'achever ce qu'elle avait entrepris depuis plusieurs mois. La lettre. La fameuse lettre à Justin Timberlake*. Alaïs avait eu un mal de chien à trouver l'adresse du fan-club français du chanteur pop / RnB américain. Sans avoir Internet à la maison, c'est tout de suite moins facile. Un simple regard du chanteur suffisait à lui faire chavirer le coeur. Laura, sa cousine, lui avait enregistré tous ses CD sur cassette. Sans vraiment les dissimuler, Alaïs n'en faisait pas étalage, certaine que sa mère y verrait une perte de temps préjudiciable à ses études. Ce que cette dernière ignorait, c'est que parfois, sans cette voix magnifique et ses superbes chansons qui passaient au travers des petits écouteurs en mousse de son vieux baladeur, Alaïs aurait cherché plus haut que le Vélux.
Elle s'installa sur son lit, un bloc de papier à lettres posé sur ces genoux. Elle n'était pas crétine : Justin ne devait pas lire les milliers de lettres qu'il recevait, d'autant qu'il était américain. L'anglais d'Alaïs étant encore trop primaire, elle ne se risquerait pas à la traduction de ce qu'elle souhaitait tant lui expliquer. Mais peut être un de ses assistants, ou secrétaires, lui parlait-il de certains de ses fans, des plus importants. Peut-être le chanteur avait-il donné des consignes, une sorte de cahier des charges passant en revue toutes les situations.
Lettre d'insultes : jeter sans répondre.
Lettre de félicitation : envoyer la réponse numéro trois de l'annexe avec photo signée.
Lettre d'amour désespérée d'adolescente obèse au bord du gaz : faire un mix entre la réponse 42 et 95, me donner à signer perso et joindre une photo.
Alaïs retrouva pour quelques heures toute son intelligence, celle qu'elle muselait si bien afin de ne pas déplaire aux tortionnaires qu'elle finissait parfois par l'oublier tout à fait. Elle déchira en petits bouts une quinzaine d'essais qu'elle jugea ineptes, grotesques de mal-être et de revendication geignarde, bref, tartes à faire peur, et qui pourtant la firent sangloter parce qu'ils disaient la vérité.
La jeune fille éteignit la lumière un quart d'heure avant le retour de sa mère, attendant que celle-ci soit couchée avant de rallumer. Alaïs lutta pour ne pas sombrer dans les bras de Morphée durant ce laps de temps. Il fallait qu'elle finisse cette lettre cette nuit, la poster dès demain sans plus réfléchir, sans cela, une autre méchanceté commune, une autre blessure l'en dissuaderait encore.
Il devait être trois heure trente du matin lorsqu'enfin elle soupira de soulagement. Elle ferma les yeux quelques secondes, abrutie de fatigue par tous ces mots qui avaient dévalés en horde sauvage dans sa tête, par ce déluge de sentiments réprimés puisqu'ils n'intéressaient personne depuis que Nathalie était partie.
La lettre était courte. D'innombrables coupes avaient réduit à deux pages le long chaos de sa vie si brève. Alaïs l'expliquait à cet homme lointain et parfait dont elle avait collé les photos dans un cahier, à côté des bribes de chansons qu'elle avait réussi à comprendre et transcrire. Elle lui expliquait tout : les tortionnaires, sa mère aveugle ou complice, ce lard qui lui tuait l'esprit, Nathalie, son ange, l'envie de vie à laquelle elle se cramponnait mais qu'elle sentait filer entre ses doigts, un peu plus chaque jour. Alaïs terminait sa lettre par une question qu'il jugerait sans doute naïve : existait-elle, cette femme pour laquelle il avait écrit ses plus belles chansons d'amour ? Ce ne pouvait être Britney, elle n'y croyait pas... Et comment pouvait-on devenir cette femme, alors ? Ou bien l'une de ses versions, même approximatives ?
Alaïs referma l'enveloppe sans omettre d'y ajouter deux timbres pour la réponse. Le calme lui vint enfin. Un calme étrange, celui qui accompagne la désespoir lorsqu'il se fait serein. Voilà, c'était fait. L'invraisemblable confusion qui avait mené son existence venait de céder d'un coup. La confusion est précieuse lorsqu'on en a conscience : elle interdit de décider, de choisir. Elle offre une magnifique circonstance atténuante à l'hésitation. Cette indécision là était terminée. Demain elle posterait la lettre en sortant de chez elle, avant d'atteindre le lycée. La réponse serait tardive, elle s'y préparait. Pourtant ce message était le dernier lien, la dernière chance qu'elle s'accordait. Si sa fragile bouteille à la mer sombrait... si...
Alaïs ne savait pas trop ce qu'elle ferait. Peut-être alors se laisserait-elle totalement assommer, peut-être foncerait-elle pour toujours dans l'abattoir vers lequel l'aiguillonnaient ses bourreaux... ou peut-être trouverait-elle enfin le courage de chercher plus haut que le Vélux.
* Justin Timberlake : je suis pas fan, mais apparemment dans le top des chanteurs à la mode il se pose là, alors... ^^"
par Cassandre
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