Se tenant debout dans la prairie, ses longs cheveux pris dans le souffle sans violence du vent, il effeuillait une rose d'un rouge profond.
Cent questions de la plus vitale importance vagabondaient d'un étage à l'autre de son esprit... Pourquoi les roses s'appelaient-elles roses lorsqu'elles étaient rouges ? Qu'allait-il manger ce soir là ? A quoi ressemblait demain et où était passé hier ? Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas vu, hier et lui – depuis la veille sans doute. Et vivre sans connaître demain l'angoissait profondément... Sans parler d'après-demain.
Quelle heure était-il ? Plus de montre.
On la lui avait volée... Non, il se souvenait l'avoir balancée dans le chapeau mou d'un musicien des rues, comme pour s'excuser de ne pas avoir de monnaie à lui donner. Axel se demandait où il avait fourré ses cigarettes, quand il réalisa qu'il avait cessé de fumer dix-sept jours auparavant... Plus de deux semaines ! Pour fêter cela Axel se promit d'en fumer une le soir même.
Un pétale rouge prit son envol, lâché par des doigts jusque là protecteurs. Le morceau de rose, persuadé qu'il était un oiseau, joua les suicidaires et sauta de toute la hauteur d'un Axel aussi cruel qu'un enfant. Il s'écrasa au sol, sa cape écarlate s'étalant telle une marre de sang. Pour l'achever, le pied d'Axel vint recouvrir le pétale. L'ombre, effrayante, et la masse, mortelle.
Axel murmura : "Vivante"...
D'un geste amical, il arracha un nouveau pétale qui partit dans le vent. Celui-ci savait voler. La rose a qui l'on avait tranché la langue, ne cria toujours pas sous la douleur.
Un autre pétale, un autre mot : "mourante"...
Trois jours et demi auparavant, Axel était tombé amoureux. Pas d'une fille comme les autres, ça non. Belle et d'une douceur exquise, sa peau appelant la caresse comme celle d'un enfant, la bouche toujours fermée sur un triste sourire – invitation muette pour que l'on vint la forcer à coup de baisers... C'était une princesse endormie.
Axel avait toujours préféré les filles de ce genre à celles de l'Autre Genre. La sincérité plutôt que l'artificielle sensualité. Jamais il ne retrouverait une telle fille, il le savait. En était sûr. Mais comme d'habitude...
Pétale... Déjà déchiré par Axel avant même de s'en aller par son chemin... Doigts qui démembrent la rose rouge. Pétale jeté sans hésitation, et foulé du pied. Rose plus dénudée que fleur ne l'a jamais été. Réduite en parcelles de néant...
Alex sourit.
La rose n'était plus qu'un cadavre végétal.
Rose était morte.
Alex cueillit une marguerite et tirailla l'un de ces pétales. Il n'avait jamais connu de fille au doux nom de Marguerite... Pas à ce jour, tout du moins...
ajouter un commentaire commentaires (10) créer un trackback recommander




En écho au billet de