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Citations

"Happiness always looks small while you hold it in your hands, but let it go, and you learn at once how big and precious it is. "  - Maksim Gorky

"Si nous voulons construire une amitié durable, nous devons aimer nos amis pour eux et non pour nous." - Charlotte Brontë


"Every man is the architect of his own  life. He builds it just the way he  wants it. However,  after he  has built  what he  wants, he  sometimes decides that he doesn't like  what he  has built  and looks  for someone  or something  to blame instead of changing himself." - Sidney Madwed

"L'imagination porte bien plus loin que la vue." - Baltasar Gracian Y Morales


"La connaissance a de commun avec la  bêtise qu'elle n'a pas de limites. Il  est commun que les limites de nos connaissances sont des bêtises. Les limites de nos bêtises sont nos connaissances communes. La connaisance de nos limites met à  nu nos bêtises communes. C'est une  bêtise d'arrêter nos connaissances aux  limites de nos bêtises communes."





A mes visiteurs...

Je vous souhaite la bienvenue sur ce modeste Journal, intime parfois (qui a dit souvent, là bas au fond ??!! ;-) ), réactif souvent, photographique le lundi, "littéraire" le mercredi, à propos du Japon (pays que j'aime beaucoup) le samedi et aussi humouristique, du moins je l'espère !

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Mercredi 8 juillet 2009
J'ai toujours aimé voyager, c'est un truc, dès que j'ai trois sous de côté, il faut que j'aille voir ailleurs si l'herbe aussi y est verte.
Je ne préfère pas forcément cet ailleurs, je suis juste curieuse. Comment vivent-il au Japon ? Et juste à côté en Italie, c'est quoi qui les fait marcher ? Les hommes y sont-il aussi macho qu'on nous le dit ? Ou bien est-ce juste un mythe, comme le français et sa baguette ?

Des questions comme ça, j'en ai à la pelle. Je m'intéresse aux gens, à ce qu'ils pensent, à ce qu'ils vivent, à leur façon de voir les choses.
Bon, des fois, je suis "choquée" et il me faut du temps pour appréhender sinon comprendre leur "pourquoi du comment du parce que" de leur façon de voir la vie, les droits qu'ont les gens ou leur idéal. Mais on apprend toujours des gens que l'on rencontre. Même ceux que l'on déteste peuvent nous apprendre des choses sur nous. Même si souvent, ils ne le savent pas, et ne le sauront probablement jamais.

Par exemple, j'avais une collègue de boulot envers laquelle mes sentiments étaient assez "ambigus". N'ont point du côté sexuel de la chose, non, mais plutôt de savoir si je l'appréciais un peu (faut pas abuser non plus) ou si je la détestais carrément. Le fait est que si j'avais des réactions aussi ambivalentes par rapport à sa façon d'être, de faire (ou pas, parce que question poil dans la main, elle se posait là !) était tout simplement à la façon dont j'avais été éduquée et punie. Aux choses que j'avais eu le droit ou pas de faire. C'était comme un miroir qui reflétait ce que j'aurais sans doute voulu pouvoir faire, mais qui m'avait été interdit parce qu'aussitôt réprimée de façon très violente. Je n'oublierais pas le tabouret qu'a voulu me lancer ma chère mère un jour, ou le vol plané manqué de quelques secondes que j'aurais pu faire du troisième étage de l'immeuble où nous vivions.

L'enfance n'a pas été une partie de plaisir, et ceux qui regrette leur enfance, j'avoue, j'ai du mal à suivre. Mais c'est une autre histoire.

Les gens m'intéressent.

Et moi, je me fonds dans le paysage, j'essaie de passer le plus inaperçu possible.

Les gens me touchent, souvent, de façon complètement différente à chaque fois, mais c'est sympa, toujours quelque chose à apprendre, à découvrir.

En bref, ce nouveau job me plaît même si c'était un peu étrange au début. Il me permet de continuer de voyager, d'avoir une nouvelle vie en quelque sorte.

C'est assez ironique, d'ailleurs, si l'on songe à la situation.

C'est vrai, j'ai oublié de vous préciser... je récolte les âmes, juste avant la mort des gens.

Donc, en fait, je suis morte. Amusant, n'est-il pas ?
Par Cassandre - Publié dans : Textes - Communauté : Les mots dans tous leurs états
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Mercredi 1 juillet 2009
Nan mais sérieux, c'est vrai ! Même que je suis la meilleure de ma classe, si, et puis le prof de français, il en revenait pas de mon dernier devoir. Je sais faire de belles phrases et tatati et tatata, avec des mots que les autres ils connaissent pas. Et puis, je suis vachement sérieuse, j'ai commencé à bosser à 14 ans, mince, moi la valeur de l'argent je sais ce que c'est, quand je pense que ma petite soeur, elle en fou pas une rame, et qu'elle a même pas encore levé le cul de sa chaise pour gagner son argent de poche et qu'elle va avoir une voiture. C'est pas juste, moi la voiture c'est papa et maman qui me l'ont offert !
Et puis, il faut que je réfléchisse à refaire la salle de bains, le salon c'est fait, faut que j'aille sur le site d'Idéeapascher pour regarder un peu, j'aurais le temps tout à l'heure à 14h quand on reprendra le travail, j'ai rien à faire, et même que l'autre fois j'ai demandé au patron pourquoi il tirait la tronche mais il a pas vraiment voulu me répondre, doit vraiment avoir des soucis, je comprends pas pourquoi il veut pas m'en parler,  je suis sûre que j'ai la solution. A la boite, c'est moi qui fait tourner la relance client,s sans moi, il verrait pas un kopek le pauvre tellement il est gentil. C'est son problème en fait, il est gentil donc du coup, voilà, il se fait avoir facilement.
Je vous ai dit que j'étais vachement fière de moi ? Eh ouais, parce que l'autre jour en marchant quinze minute, j'ai réussi à me muscler le muscle du bas du ventre, celui que j'arrivais plus ! Nan, vraiment je suis trop fière ! Et même qu'à mon âge, j'ai quand même 21 ans, j'en ai vu des choses. Tiens, d'ailleurs je suis en train de penser, ça fait longtemps que je suis pas allée à l'étranger, ça me manque... putain, t'as l'air trop coincé du cul toi, eh, tu pourrais sourire un peu ! Après tout je suis la meilleure ! Et puis, si je peux te donner quelques conseils, pour un homme, porter une robe longue et blanche comme ça, c'est vraiment pas tip top, non, si tu veux, j'ai l'habitude, je peux t'emmener faire les magasins à la Part-Dieu, en plus en ce moment ce sont les soldes, je suis sûre qu'il y aura une petite vendeuse pour te trouver des fringues sympa ! Je fais pareil avec mon mec, je le laisse entre les mains d'une nenette et quand elle a fini de s'occuper de lui, je lui fait remarque que c'est mon homme et que c'est propriété privé, comme elle est blasée ! Eh c'est vrai qu'il est beau mon mec, mais c'est normal, je suis la meilleure je ne pouvais que tomber sur un mec sensass !...
- Bon écoutez, on a pas la journée, je crois que pour vous se sera le -1
- Le moins 1 ?
- Ben oui, madame pêché d'orgueil, ça fait 10 minutes que je vous écoute et j'en ai déjà plein le dos, et ici, au Purgatoire, c'est complet, mais comme vous êtes la meilleure, je suis sûre que vous n'aurez aucun mal à vous entendre avec Lucifer. Sur ce, tchao !
- Aaaaaaaaaaahhhhhhh !!!!!

*********

5 minutes plus tôt :
- "Ariana, vite appelle les pompiers ! Je crois qu'Isabelle s'est étouffée avec sa betterave rapportée du jardin de ses parents que c'est la meilleure betterave de la terre !"




Je tiens à rappeler que ceci est une pure fiction, toute ressemblance avec des évènements ou des personnes ayant existés serait... fort dommage et pas fait exprès du tout ! ^^"
Par Cassandre - Publié dans : Textes - Communauté : ~ Au Fil du Temps ~
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Mercredi 24 juin 2009
C'est aujourd'hui que j'ai ma visite médicale de contrôle. Deux ans que je suis embauchée dans cette entreprise, c'est la première fois que je vais deux fois de suite au même centre de médecine du travail.
Ce pourrait être amusant si ce n'était si flippant.

Je ne pourrais jamais oublier cette visite d'embauche. Jamais.

De prime abord, l'examen semblait tout à fait normal : pisser dans un bocal, les tests de vision, l'ouïe (c'est rare ça !). Les questions classiques sur les maladies d'enfances et autres ou bien encore les accidents qu'on a pu avoir et leurs séquelles, carnet de vaccination. Que sais-je encore !

Bref, c'est le moment avec le docteur himself qui a été le plus ... écoeurant.

Déjà, il m'avait fait poireauter pendant 30 minutes à l'extérieur du "cabinet" médical. Une fois à l'intérieur, il m'a posé deux trois questions et m'a demander de me déshabiller. Entièrement. Soi disant pour faire un dépistage du cancer du sein et de l'utérus. Il m'a dit de m'allonger sur la table d'auscultation et là, il est sorti et m'a laissée seule encore... je ne sais plus combien de temps. J'ai oublié.

Par contre, je n'ai pas oublié le moment où il est revenu. Il n'a pas mis de gant, selon lui cela gênait le palpé...

Je me suis sentie violée... littéralement. Je n'avais pas la moindre idée que ce genre d'examens n'étaient pas prévu dans une visite de médecine du travail.

Je n'avais jamais même été chez un gynécologue, et je fuis les médecins comme la peste.

C'est que pratiquement toute ma famille est décédée suite à des erreurs médicales : mon oncle dont l'armée n'a pas voulu qu'il soit soigné pour un cancer de la main parce que le médecin était persuadé que c'était juste le poil de la flemmardise qui poussait ; ma mère dont le médecin pressé de partir en vacances a tiré sur un drain et ce faisant a déchiré la paroi abdominale entraînant une grave hémorragie interne dont elle n'a pas réchappée et une cousine chez qui on a oublié une compresse lors de l'ablation de son appendice iléo-cæcal, et qui a entraîné une septicémie.
Déjà un de ses cas serait angoissant pour une personne normal alors forcément, pour moi qui fait en plus des allergies chroniques aux médicaments (je ne peux même pas prendre une aspirine sans faire un oedème de Quincke !), c'est le pompon !

Mais en deux ans, je me suis endurcie. Et puis surtout, j'ai fait la connaissance de J., qui m'a initiée à des plaisirs que je n'aurais point soupçonné possible.
Et j'y ai pris goût. Un goût démesuré, sûrement.
Je crois que J. ne démentirait pas.

J'ai tout prévu : j'ai pris le dernier rendez-vous possible. En hiver, comme ça il fait nuit tôt. J'aime bien la nuit. Et connaissant la procédure, je suis sûre qu'il voudra prendre son temps.

Je le laisserais faire... au début...

Mais après.... ah ça après....

-=*******************=-

La voix du Sud

Un médecin du travail, resté plus tard à son bureau exceptionnellement pour des dossiers en retard, selon son assistante qu'il avait congédiée aux alentours de 18h, a été retrouvé mort hier matin dans des circonstances on ne peut plus étranges.
En effet, il semblerait qu'il ai eu des relations sexuelles sur son lieu de travail mais les policiers ne savent pas encore de qui il pourrait s'agir.
S'agit-il d'une vengeance ? Toujours est-il que si c'est le cas, alors cette personne en voulait à sa masculinité qui lui a été enlevé de façon quasi chirurgicale, tout en recevant de faibles décharges électriques via de petites électrodes qui ont été retrouvées à l'intérieur des muqueuses du docteur.
Les médecins légistes attestent que la victime devait être consciente tout le long de l'opération, jusqu'à ce que le coeur finisse par lâcher. [...]
Par Cassandre - Publié dans : Textes - Communauté : Vos articles nous intéresse !
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Mercredi 17 juin 2009
Encore un matin, sans fin, qui me rappelle la chanson de Goldman... je suis déjà en retard pour aller bosser. Il faut que je conduise jusqu'à l'entrepôt que je récupère le camion et que je fasse ma semaine au volant.
Il est 4h et je dois y être dans 30 minutes. C'est trop court, je n'ai même pas encore fini de préparer mon sac. Quelle galère !
C'est bien que je n'ai pas trouvé d'autre job. Dire que j'étais encore trader à la Bourse de Paris il y a quelques mois. Mais voilà, la Crise, celle avec un C majuscule, des patrons lâcheurs et menteurs et je perds mon emploi au prétexte que je n'ai pas tout à fait suivi le protocole officiel.
Protocole officiel mon cul oui ! Tout devait se faire officieusement pour que je puisse récupérer de plus grosses primes. A ça, il est certain que tant que ça rapporte on est couvert, mais à la moindre boulette.. on est cuit. Plus personne n'est là pour vous soutenir. J'ai fait une boulette à 500 000 €, pas de quoi battre Kerviel quand même !
Impossible de retrouver un travail dans ma branche et je ne sais rien faire d'autres que des statistiques, prévisions de marché.
La tuile en somme.
J'ai bien monté ma boite de conseils en placement, mais mes chers patrons m'ont grillés de partout. J'ai fait faillite en deux mois.
Deux mois !

Bon, aller, il faut se dépêcher, ou je vais finir par me faire aussi virer de se poste minable. Heureusement que j'avais passé un permis poids lourd quand j'étais jeune sur insistance de mon père qui était lui-même chauffeur routier. Paix à son âme, lui au moins, n'a plus de soucis.

Il faut que je speed un peu sur l'autoroute... merde un radar ! Coup de frein, coup de poing sur le volant au moment où je suis quand même flashé.

Je viens de perdre mon dernier point.

Heureusement, l'avis n'arrivera que d'ici quelques jours, j'ai peut être encore le moyen de sauver mon point. Il parait qu'on en trouve à vendre sur Internet.

Finalement, j'arrive juste à l'heure pour ne pas me faire enguirlander par mon patron. Je déteste les patrons. Il me demande presque tous les jours si je ne me suis pas encore fait attrapé par un radar ou les flics pour ma conduite. Il a eu quelques plaintes de la part d'imbéciles que je croise sur la route. Ils n'en n'ont rien à cirer les gens que je doive livrer à l'heure, qu'il faut que je me dépêche et que du coup, oui, peut être des fois, il m'arrive de faire des queues de poisson.
Mais bon sang, eux ils partent en vacances, en week-end, ils pourraient se montrer plus prudent et rouler tout le temps à gauche, ou éviter les camions, ce n'est pas si compliqué, que diable !

Je monte mon bardât dans le camion, je prend mon plan de route et je file prendre ma marchandise à l'autre bout de la France. Lyon, Marseille en 5 heures. C'est le temps qu'on me laisse, c'est pas faisable sauf peut être en voiture. Mais voilà, on presse tout, même le temps pourtant incompressible.

J'entre sur l'autoroute, 60, 80 et enfin 90. Vitesse de croisière atteinte il faudra néanmoins la dépasser si je veux tenir les délais.

Merde !

Encore un flash.

Connards, ils s'étaient planqués derrière le pont.

C'est pas juste.

Bientôt deux motos toutes sirènes et feux clignotant dehors me font signe de me rabattre sur la sortie pour l'aire de repos. Une fois stationnés sur le parking de l'aire, ils descendent de leurs engins et s'approchent de mon camion.

"Bonjour Monsieur, éteignez votre moteur, mains sur le volant s'il vous plaît. Savez-vous que la limite autorisée pour vous est de 90km/h et que vous avez été flashé à 135km/h ?
- Je crains que ce ne soit une erreur monsieur l'agent, mon camion dispose du blocage de vitesse (trafiqué ok...)
- Mettez vous en doute la parole d'un officier assermenté monsieur ?
- Non, simplement que peut être votre matériel s'est trompé... (il faut que je la joue fine, très fine !)
- Merci de me montrer vos papiers, ainsi que ceux du véhicule et de descendre de celui-ci pendant que nous procédons aux vérifications d'usage."

Pourvu que la notification de mon précédent flashage ne soit pas déjà dans les tuyaux !

Je fais les cent pas pendant qu'ils sont avec leur talkie à énumérer les chiffres de mon permis, la plaque de mon camion et toutes sortes de données. Je le sens très très mal. J'aurais eu une voiture la fuite aurait peut être été une option, mais pour aller où ?

Je serres les poings de rage. Tout ça pour une histoire de points !

Les gendarmes reviennent vers moi, l'air plutôt patibulaires. Encore plus que tout à l'heure.

"Monsieur, nous vous mettons en état d'arrestation, pour excès de vitesse, conduite dangereuse et sans permis. Un fourgon va arriver sous peu pour vous conduire au poste."

J'ai vu rouge, je lui ai collé mon poing serré dans la tête. Un coup de poing pour des points qui m'ont coûté plus que des points.

J'en ai pas marqué auprès des juges... ni de mes collègues de cellule.

Il ne me reste que ça, serrer les poings d'avoir cogné pour des points.

Par Cassandre - Publié dans : Textes - Communauté : Vos articles nous intéresse !
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Mercredi 20 mai 2009
Je tiens à préciser que ce texte est une fiction et que s'il rappelle des évènements ou des personnes existants ou ayant existées ben... c'est fort dommage ! ;-)



Ahhh, enfin la pause déjeuner. Certes, ce midi je suis seule, mais ce n'est pas désagréable une fois par semaine d'avoir un peu "la paix". Surf sur le net, mails en retard, musique sur le téléphone portable... Tout est calme autour, personne pour me déranger, à part peut être, de temps en temps le standard, mais depuis quelques mois que je travaille ici, j'ai mis tous les impudents au pas. Gentiment, mais fermement.
Je suis bien ici et j'en ai conscience. C'est vrai, qui de nos jours peut se vanter d'avoir un boulot qui lui plaît, avec des collègues sympa et une bonne ambiance générale ?
Avec la "Crise", nous sommes bien trop peu nombreux dans ce cas, j'en suis certaine.

Enfin, quand je dis des collègues sympa, je pense plus à l'une qu'à l'autre. C'est pas que l'autre soit méchante ou que l'on ne s'entende pas. Mais elle me tape sérieux sur le système.

Je ne crois pas qu'elle l'ai remarqué, j'essaie au maximum d'arrondir tous les angles, et c'est pas peu de le dire.

Au début, je la trouvais simplement bavarde et exubérante. Maintenant, ce serait plutôt prétentieuse et envahissante.
Toujours mieux que les autres, il lui arrive sans cesse des anecdotes dont elle doit penser qu'on ne pourrait vivre si on ne les connaissaient pas.

C'est la nuit qu'elle a passé sans presque dormir parce que le chat n'a pas arrêter de bouger, ce qui réveillait la fouine et empêchait tout le monde de dormir, puis le portable qui se serait mis à sonner à 3h du mat'. Évidemment, c'est son ex, qui ne pouvant pas se passer d'elle, la relance,après plus d'un an de séparation et qu'elle est avec son "futur" mari.
Ce dernier étant bien sûr un super bel apollon (je l'ai vu, ben ma foi, oui, ok, il a l'air sympa, mais je préfère Brad Pitt !) que toutes les filles voudraient (ben pas moi en tout cas, là comme ça au dépoté je dirais "non, merci, j'ai pas assez faim pour ça").
Ce qui nous amène aux fois où elle fait du shopping avec lui et où les vendeuses le regardent forcément avec un air gourmand.

Et je pourrais enquiller comme ça longtemps, mais je n'ai ni son endurance, ni son entraînement.
Résultat des courses, les jours où elle est au bureau (elle travaille à mi-temps ! Ouf !), on le sait, et les repas où nous sommes toutes les trois virent au monologue de l'histoire de sa petite vie.
Et Samira et moi hochons la tête, rigolons lorsqu'il le faut, parfois ajoutons un petit commentaire ici ou là, histoire de dire que nous participons à la "conversation".
Mais décidément, le jour où nous mangeons toutes les deux, c'est autre chose : économie, actualités, nos petites vies, aussi, bien sûr, mais pas que. On a des passions communes et on peut discuter lecture ou rigoler des émissions de télés. Bref, on passe d'un sujet, certes léger, à un autre, sans se prendre la tête sur qui est la meilleure ou la plus belle.
Ça nous passe au-dessus.

Et comme si ça suffisait pas, les jours où elle n'est pas là, il arrive que je doive faire son travail, surtout si ça ne peut pas attendre. A savoir, la relance clients pour les factures.

V'là t'y pas que c'te donzelle se prend à vouloir vérifier les informations que je lui ai transmises après ses deux semaines de congés ?
"Allo, M. Duchmol ? Oui, je vous appelle parce qu'il parait que vous auriez dit que dorénavant la facturation devais être adressée à Paris et non plus à Lille comme on faisait. C'est bien ça ? Vous me confirmez ? Très bien, merci Monsieur Duchmol, je vous souhaite une agréable fin de journée, oui, au revoir !".

Mais puisque je lui avait dit et même écrit dans la note prévue à cet effet dans le logiciel de gestion que c'était ce qu'il fallait faire... quel besoin avait elle de vérifier la véracité des faits ? Elle me fait pas confiance ou quoi ?
Bon, je reste zen... allez je reste zen.
Je fais bien mon boulot, pas ma faute si elle se ridiculise toute seule au près du client.

Seulement voilà, le moment ne tarde pas où elle m'en rebalance une de derrière les fagots : "Tu sais Juliette, j'ai vraiment trop hâte de maigrir pour pouvoir mettre ces vêtements dont j'ai super envie, tu sais, ceux qui font super sophistiqués mais pas prétentieux. Comme je serais trop bien dedans ! T'aurais pas envie, toi, d'en porter ?"

Et crac, ça veut dire quoi ? Mes pantalons à pince, mes petits haut de couleurs avec volants ou dentelles ne sont pas assez bien à tes yeux ?
Mais le couperet devait tomber un peu plus tard lorsqu'elle m'assena avec un grand sourire comme elle sait si bien faire :
"En tout cas, si tu veux perdre tes kilos, tu devrais aller à la poste, je crois que c'est l'heure !"
Je suis restée pantoise, même le "c'est pour plaisanter hein !" n'est pas franchement bien passé, alors je ne parlerais pas de la digestion.

Elle fait, dit, plein de petites choses du même acabit. En soi, rien de grave, sauf que je me demande parfois si elle me cherche pas des poux dans les cheveux, juste comme ça pour rigoler.
Elle ne fait pas la même chose avec Samira, un peu comme si elle la considérait comme une égale.
Je crois plutôt que Samira est plus maligne et lui fait mieux croire que tout ce qu'elle lui raconte l'intéresse vraiment.

De mon côté, je ne peux m'empêcher de lui sortir deux trois vérités de temps à autres, et ça ne doit pas passé.
Ou de la corriger sur son travail aussi, ça m'arrive, et ça non plus elle ne doit pas aimer.
Mais ce n'est pas ma faute si je suis "techniquement" un peu sa supérieure.

Un peu seulement, mon ascendant hiérarchique est très limité : je peux éventuellement lui déléguer des tâches, à condition de superviser, et lui déléguer la charge du courrier les jours où elle est là.

Il va de soi que jamais je n'ai pu lui déléguer quoi que ce soit : Madame a toujours une bonne raison : mal au genou, à la cheville, un poil dans la main...
Et ce même le jour où je souffrais le martyr que je pouvais presque plus bouger à cause d'un tour de rein. Le soir, j'allais chez le médecin, elle le savait, mais rien n'y fit, j'ai dû marcher jusqu'à la poste.
1,5 km en tout, aller et retour... j'étais heureuse.

Samira m'a sorti en blaguant un jour qu'il faudrait peut être qu'on installe un jardin Zen dans la petite cour où nous prenons nos pauses quand le temps s'y prête.
J'en ai parlé au boss, il semble d'accord sur l'idée, à condition bien sûr que ça ne coûte rien.

J'y songe, j'y songe et puis finalement, je me suis décidée.

J'ai demandé à pouvoir venir un week-end histoire d'aménager le truc pour le lundi.
Vendredi midi, notre patron y consent, mais je ne dois surtout rien abîmer sinon ce sera pour ma pomme.
Pas soucis, rien ne sera abîmé.

Le gravier, quelques pierres ont été commandés. Un râteau en fer aussi. La terre est là, y'a juste besoin de délimiter un petit rectangle... non, un carré tiens, ce sera mieux.
Un carré de 2m de côté. C'est très bien ça, 2m de côté, non ?

Rahh, voilà que l'autre tâche se remet à me faire des réflexions... j'en peux vraiment plus de cette fille.





Ca fait quelques jours que nous n'avons pas de nouvelles de notre collègue. Le patron a téléphoné sur son portable, messagerie direct. La police est passée nous voir aussi. Il semblerait qu'elle ai disparue.
Je suis la dernière à l'avoir vu vivante, enfin, il semble, vu que le vendredi nous nous sommes quittées comme d'habitude, à la fermeture des bureaux à 17h30.
Pour le reste, ma foi, je ne vais pas en plus lui écrire personnellement des mails ou lui passer, des coups de fils.
Mais comme tout le monde, je m'apitoie sur sa disparition. Je joue du "Elle mettais de l'ambiance, où a-t-elle pu bien aller ?".
Personne ne sait qu'en fait je ne pouvais pas la voir.
Et tout le monde me félicite pour ce si beau jardin Zen.

Je l'ai fait un peu plus grand finalement, et tout le monde y va de son petit coup de râteau pour faire soigneusement de jolies lignes ou des courbes parfaites autour de la grosse pierre centrale.
Celle qu'on ne peut manquer, même s'il y en a d'autres un peu plus petites ailleurs.

On me demande si elle symbolise quelque chose, et je réponds que "oui, elle symbolise l'écueil qui empêche d'être Zen, ce qu'il faut contourner pour arriver à la paix spirituelle."

"Ahhhh me répond-t-on alors, je comprend !"

Je ne suis pas sûre que qui que soit puisse vraiment comprendre. Mais en attendant, j'ai vraiment la Zen attitude !

Par Cassandre - Publié dans : Textes
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